Programme du second dimanche de Carême

Pietro Perugino : La Transfiguration de Notre Seigneur (1496)Saint-Eugène, le dimanche 16 mars 2014, grand’messe de 11h.

> Catéchisme sur le Carême

Le second Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l’Introït de la Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l’Évangile qui y est lu.

La messe de ce dimanche est d’introduction relativement récente : il n’y avait pas primitivement de messe dominicale ce dimanche, car c’est la longue messe du samedi des Quatre-Temps de Carême, laquelle commençait le samedi soir et durait une bonne partie de la nuit (on y faisait les ordinations aux sept ordres ecclésiastiques) qui en tenait lieu. De ce fait, les pièces de la messe de ce dimanche sont empruntées à d’autres jours : l’introït Reminiscere provient de la messe du Mercredi des Quatre-Temps de Carême, de même que le graduel Tribulationes cordis mei, l’offertoire Meditabor in mandatis tuis et l’antienne de communion Intellige clamorem. L’évangile de la Transfiguration est repris de la messe du Samedi des Quatre-Temps de la veille. La secrète est la même qu’au IVème dimanche de l’Avent et la Postcommunion est reprise du dimanche de la Sexagésime.

Longtemps, le rit romain n’a pas connu d’autre fête de la Transfiguration que ce dimanche (ou plus précisement ce Samedi des Quatre-Temps). Les homélies de saint Léon Ier le Grand sur la Transfiguration, prononcées en cette nuit à Saint-Pierre à la messe du Samedi des Quatre-Temps, sont un vrai chef-d’œuvre et indiquent également les raisons pour lesquelles l’Eglise de Rome a placé la Transfiguration pendant le Carême.

Au cours du Moyen-Age, à l’instar des Orientaux, plusieurs Eglises d’Occident se mirent à célébrer distinctement une fête de la Transfiguration le 6 août. Rome ne s’y décida qu’en 1457, en mémoire d’une éclatante victoire remportée sous Callixte III contre les ennemis de la Foi.

La station de ce jour, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Marie in Domnica, sur le mont Cœlius. Cette station est assez récente, il s’agissait à l’origine de l’antique Diaconie où présidait saint Laurent, et dans laquelle il distribuait les aumônes de l’Église.

  • Procession d’entrée : Audi benigne Conditor, hymne du Carême, à vêpres – alternances polyphoniques de Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle des cathédrales d’Abbeville et d’Amiens, et de la Sainte Chapelle de Paris
  • Kyrie XVII – Kyrie Salve
  • Epître : I Thessaloniciens IV, 1-7 : Car Dieu ne nous a pas appelés pour être impurs, mais pour être saints.
  • Trait : Faux-bourdon du 2nd ton à l’usage de l’Eglise de Paris (édition de 1739)
  • Evangile : Matthieu XVII, 1-9 : Et il fut transfiguré devant eux : son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la neige.
  • Credo I
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Christe qui lux es et dies, antique hymne du Carême, à complies, en usage en France depuis le Vème siècle jusqu’au XVIIIème siècle (citée par Saint Césaire d’Arles et Saint Aurélien d’Arles dans leurs règles monastiques) – mise en musique par Charles de Courbes (1622)
  • Sanctus XV
  • Après la Consécration : O salutaris sur le ton de l’hymne du Carême Audi benigne Conditor, d’après Jean de Bournonville
  • Agnus Dei XV
  • Pendant la communion : Miserere de Sébastien de Brossard (1655 † 1730), maître de chapelle des cathédrales de Stras-bourg, puis de Meaux (sous Bossuet), en alternance avec le ton du plain-chant parisien
  • Prière pour la France, faux-bourdon parisien du Vème ton (édition de 1739)
  • Ite missa est XV
  • Au dernier Evangile : Ave Regina cœlorum
  • Procession de sortie : Attende, Domine – plain-chant musical, harmonisation de M. le chanoine Gaston Roussel, curé du Port-Marly, maître de chapelle de la cathédrale de Versailles. Versets modernes, repris d’une ancienne litanie du rit mozarabe

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Programme du Ier dimanche de Carême – Triomphe de l’Orthodoxie (restauration des saintes Images) – ton 5

Triomphe de l'Orthodoxie - rétablissement du culte des Images par l'impératrice ThéodoraParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 9 mars 2014 du calendrier grégorien – 24 février 2014 du calendrier julien, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.

Dimanche du ton V de l’Octoèque. En ce jour premier dimanche de Carême, le rit byzantin célèbre le Triomphe de l’Orthodoxie, c’est-à-dire le rétablissement de la vénération des icônes au sein de l’Église et la fin de l’hérésie iconoclaste. Cette fête fut instituée en 843. En dépit du septième concile œcuménique de Nicée II de 787, les empereurs iconoclastes avaient persisté à persécuter les défenseurs des saintes icônes. A la suite d’une vision de la Vierge qu’eut l’impératrice Théodora, l’empereur Théophile se repentit de sa politique iconoclaste, marquant le triomphe définitif des fidèles sur les hérétiques. Le refus de l’icône par les iconoclastes n’était pas une hérésie anodine puisqu’elle équivalait de fait à un refus de l’Incarnation.

L’instauration de cette fête au début du Carême n’est pas sans rapport avec celui-ci. « Le Christ est l’icône du Dieu invisible, le Premier Né de la création » (Colossiens, 1,15). La sainteté consiste bien à restaurer l’image de Dieu en nous, telle qu’elle était au commencement avant qu’elle ne soit altérée par la Chute, comme l’exprime parfaitement & de façon admirable le kondakion de ce dimanche. Cette fête rappelle par ailleurs que le jeûne est aussi une ascèse du regard, de la manière dont nous regardons le monde, et que la contemplation des saintes images y contribue.

Les dimanches de Carême, c’est la liturgie de saint Basile le Grand qui est utilisée, en place de celle de saint Jean Chrysostome.

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire de la fête du Triode. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : de la fête du Triode.

Tropaires des Béatitudes : 4 tropaires du dimanche & 4 tropaires de la 6ème ode du canon du Triode :
1. Le bon Larron sur la croix * eut foi en ta divinité, ô Christ ; * il te confessa d’un cœur sincère en s’écriant : ** De moi, Seigneur, en ton royaume souviens-toi.
2. Sur le bois de la croix * pour nous les hommes tu fis fleurir la vie * et se flétrir la malédiction de l’arbre défendu : ** Sauveur & Créateur, nous te chantons d’un même chœur.
3. Par ta mort, ô Christ, * tu as brisé la force de la mort, * ressuscitant tous les morts depuis Adam, ** qui te chantent comme vrai Dieu & Sauveur du genre humain.
4. Venues à ton sépulchre, Sauveur, * les saintes Femmes te cherchaient * pour embaumer la Source de vie, ** mais un Ange leur apparut pour leur dire : Il est ressuscité, le Seigneur !
5. O Christ, lorsque tu fus crucifié * au milieu de deux larrons, * l’un fut justement condamné pour t’avoir insulté, ** l’autre par sa confession devint l’hôte du Paradis.
6. Devant le chœur des Apôtres, * les saintes Femmes s’écriaient : * Le Christ est vraiment ressuscité, ** adorons en lui notre Maître & Créateur.
7. Je T’offre le sacrifice de louange, Seigneur, proclame l’Eglise purifiée des souillures des démons ** par le sang qui coula de ton côté, en ta compassion.
8. L’image adorée du Maître * est peinte et vénérée dans la foi * Et l’Eglise reçoit une nouvelle confiance ** glorifiant le Sauveur dans l’amour de Dieu ?
9. L’Eglise du Christ se dépouille * de la tristesse et des ténèbres de l’hérésie. * Elle porte le vêtement de la réjouissance ** et se couvre de la grâce lumineuse de Dieu.
10. Le peuple des Orthodoxes a reçu la lumière de l’ancienne splendeur * par le geste de Théodora la reine ** et de Michel son empereur qui aime Dieu.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 5 : Verbe coéternel au Père & à l’Esprit, * toi qui es né de la Vierge pour notre salut, * nous te chantons, nous tes fidèles, et t’adorons, Seigneur, * car tu as bien voulu souffrir en montant sur la croix * pour y subir la mort en ta chair * et ressusciter les morts ** en ta sainte & glorieuse Résurrection.
2. Tropaire du triomphe de l’Orthodoxie, ton 2 : Devant ta sainte Icône nous nous prosternons, Dieu de bonté, * implorant le pardon de nos fautes, ô Christ notre Dieu, * car tu as bien voulu souffrir en montant sur la Croix * pour sauver ta créature de la servitude de l’ennemi ; * aussi nous dans l’action de grâces nous te crions : * tu as rempli de joie l’univers, * ô notre Sauveur, en venant porter au monde le salut.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
4. Kondakion du Triode, ton 2 : Le Verbe du Père que l’univers ne peut contenir * se laisse circonscrire en s’incarnant de toi, ô Mère de Dieu, * et restaure l’antique image souillée par le péché * en lui ajoutant sa divine beauté. * Confessant le salut en parole & en action, * restaurons nous aussi notre ressemblance avec Dieu.

Prokimen
Du dimanche de l’Orthodoxie (des Pères), ton 4 :
R/. Béni es-tu, Seigneur, Dieu de nos Pères, * & ton nom est loué & exalté dans tous les siècles.
V/. Car tu es juste en tout ce que tu as fait pour nous, toutes tes œuvres sont vérité.

Epître
Du dimanche de l’Orthodoxie : Hébreux (§ 329), XI, 24-26, 32 – XII, 2.
Jetant les yeux sur Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, qui au lieu de la vie tranquille, heureuse dont il pouvait jouir, a souffert la croix en méprisant la honte, l’ignominie, et maintenant est assis à la droite du trône de Dieu.

Alleluia
Du dimanche de l’Orthodoxie (des Pères), ton 8 :
V/. Moïse & Aaron, parmi ses prêtres, & Samuel, invoquant son nom,
V/. En appelaient au Seigneur, & Dieu les exauçait.

Evangile
Du dimanche de l’Orthodoxie : Jean (§ 5), I, 43-51.
Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, et que les prophètes ont prédit : Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi, gloire à toi.

Verset de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1).
Du dimanche de l’Orthodoxie (des Pères) : Réjouissez-vous, justes, dans le Seigneur ; aux cœurs droits convient la louange (Psaume 32, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

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Le voile de Carême – Velum quadragesimale

Voiles de Carême dans les églises parisiennesLe Carême est un temps de jeûne. Autrefois les chrétiens – pour se préparer à vivre le grand mystère de la mort & de la résurrection du Christ – n’y observaient non seulement une privation de nourriture, mais également une privation auditive et visuelle.

Privation auditive avec la suppression de l’orgue et des instruments de musique, mais aussi, dans bien des usages diocésains, du son des cloches.

Privation visuelle avec les voiles que l’on place sur les croix et les statues ou encore la suppression des fleurs sur les autels. Privation visuelle qui consistait aussi à fermer le sanctuaire par un grand voile, le velum quadragesimale.

A Paris ainsi, jusque vers les années 1870, on tendait celui-ci depuis le premier dimanche de Carême et jusqu’au Mercredi Saint. Ce grand voile, de laine violette ou de couleur cendre, fermait complètement le sanctuaire et masquait la vue du maître-autel. On le faisait tomber sur le pavé du sanctuaire au cours de la messe du Mercredi Saint, pendant qu’on chantait la passion selon saint Luc, précisément lorsque le diacre chroniste arrivait au chant de ce verset :

Et obscurátus est sol: et velum templi scissum est médium.
Le soleil fut obscurci, et le voile du temple se déchira par le milieu.
Luc XXIII, 45

Cette scène, au dramatisme visuel certain, donnait vie aux paroles de l’Evangile de la Passion que les fidèles écoutaient, et renforçait le sens de celles-ci dans leur cœur.

Ce grand voile – appelé velum quadragesimale ou velum templi – n’était pourtant pas une particularité parisienne puisqu’il se retrouvait dans tous les pays de l’ancien espace carolingien. Son usage est attesté par plusieurs conciles et statuts médiévaux et remonte de fait à une très haute antiquité chrétienne. Devenu très orné vers la fin du Moyen-Age, surtout en Allemagne, le voile de Carême, qui y avait survécu à la réforme luthérienne, y retrouve actuellement un regain d’intérêt.

1. Le voile de Carême dans l’ancien usage de Paris

Voici quelques paragraphes concernant l’ornementation des églises durant le Carême, tirés du Cæremoniale Parisiense publié en 1662 par le cardinal de Retz, et rédigé par Martin Sonnet, prêtre et bénéficier de l’Eglise de Paris, ouvrage de référence pour connaître l’ancien rit parisien. Ce passage décrit la mise en place de l’ornementation des églises propre au temps du Carême, mise en place effectuée avant les premières vêpres du premier dimanche de Carême. A propos du grand voile quadragésimal, le Cérémonial parisien précise non seulement quand doit il être placé dans le sanctuaire, mais aussi à quels moments précis on doit le tenir ouvert ou fermé.

De Dominicis &   Feriis Quadragesimæ usque ad Dominicam Palmarum

Des dimanches et féries de Carême jusqu’au dimanche des Rameaux

Caput VIII

Chapitre VIII

Cum ieiunasset Iesus Quadraginta diebus & Quadraginta noctibus, postea esuriit.

Matth. Cap. 4 v. 2

Et Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite.

Matthieu, 4, 2.

1. Dominica prima in Quadragesima, semiduplex, & primæ classis. Semiduplex, quoad officium, primæ classis, quoad privilegium.

1. Le premier dimanche de Carême est semidouble de 1ère classe. Semidouble en ce qui concerne l’office, de première classe, en ce qui concerne son privilège.[1]

2. Sabbato ante Vesperas, Magister cæremoniarum curat, ut per Clericum fabricæ vel Sacristam & coadiutores eius omnes Cruces, capsæ seu Reliquiæ sanctorum, & imagines Ecclesiæ etiam crux Processionalis, tegantur & cooperiantur honeste velis violacei seu cinericei coloris, ex Cameloto vel ex Bombyce Damascena seu panno sericeo. Item curat ut maius Altare & alia Altaria Ecclesiæ ornentur paramentis eiusdem coloris.

2. Le Samedi avant vêpres, le Maître des Cérémonies aura soin que par un clerc de la fabrique ou par le Sacristain et ses adjoints, toutes les croix, toutes les châsses ou reliques des saints, et toutes les images de l’église, même la croix de procession, soient tendues et couvertes avec dignité de voiles violets[2] ou de couleur cendrée[3], faits en camelot[4] ou en bombycine[5] damassée, ou en tissu soyeux. De même il aura soin que le maître-autel et que les autres autels de l’église soient ornés de parements[6] de même couleur.
3. Et ante maius Altare inter Chorum & Presbyterium ab vno latere ad aliud, appenditur seu extenditur magnum velum oblongum & latum, seu cortina maior ex cameloto violacei seu cinericei coloris, quæ possit retrahi vel plicari vel detendi quando opus erit, vel etiam possit extendi, uel claudi, vel trahi, vsque ad feriam quartam maioris Hebdomadæ. 3. Et devant le maître autel, entre le chœur et le presbyterium[7], d’un côté à l’autre, on pendra ou étendra un grand voile oblong et large, ou une grande tenture, en camelot violet ou de couleur cendrée, qui puisse être ramené ou plié ou ouvert quand cela se doit, ou encore qui puisse être étendu ou fermé ou tiré, jusqu’à la Quatrième férie de la Grande Semaine[8].
4. Extenditur autem magnum illud velum ad omnes horas feriales tantum, & per totum diem & noctem : Et nunquam extenditur ad Missam : neque ad officium de Dominica a primis eius Vesperis usque ad secundas Vesperas illius & per totum diem & noctem : neque etiam in festis duplicibus & semiduplicibus ad officium, nec per diem & noctem. 4. On étend en effet ce grand voile seulement pour toutes les heures de l’office férial, et tout le jour & la nuit. Et on ne l’étend jamais pour la messe, ni à l’office du dimanche, des premières vêpres jusqu’aux secondes vêpres de celui-ci, et pendant tout ce jour et cette nuit, ni aussi aux fêtes doubles ou semidoubles à l’office, ni pendant le jour & la nuit[9].
5. Deponuntur etiam per totam Ecclesiam & Chorum omnia aulæa, & omnes tapetes graduum sive suppedanei maioris Altaris, & aliorum, vsque ad Pascha, tota denique Ecclesia exornatur.

On déposera aussi dans toute l’église et dans le chœur toutes les tentures, & tous les tapis des degrés et des marchepieds du maître-autel et des autres autels, jusqu’à Pâques, en somme on enlève tous les ornements de l’église[10].

Voici comment le même Cæremoniale décrit l’enlèvement du grand voile de Carême un peu plus loin, lorsqu’il parle du Mercredi Saint :

11. Diaconus cantat Passionem secundum S. Lucam, quam Celebrans interim legit in cornu Evangelii, vt feria tertia præcedenti notatur. Postquam autem ad aquilam in medio Chori peruenerit, Magister Cæremoniarum extendit magnum velum inter Presbyterium & Altare, more solito : quod soluitur in vtraque parte Chori, & tenetur à duobus Clericis, vsque ad hæc verba Passionis, Еt velum templi scissum est medium. Et cum illa pronuntiat Diaconus, de nutu Cæremoniarii, duo supradicti Clerici subitò relaxant, ita ut etiam repentè cadat omnino super pauimentum Chori, quod velum postea auffertur à Sacrista.

11. Le diacre chante la Passion selon saint Luc, que le célébrant pendant ce temps lit au coin de l’évangile, ainsi qu’il est noté à la troisième férie précédente. Mais après qu’il soit parvenu à l’aigle qui est au milieu du chœur, le Maître de Cérémonie tire le grand voile entre le Presbyterium et l’autel, de la façon habituelle, lequel est soutenu de chaque côté du chœur et tenu par deux clercs, jusqu’à ces paroles de la Passion : Et le voile du temple se déchira par le milieu. Et quand le diacre prononce ces paroles, sur un signe du Cérémoniaire, les deux clercs susdits le relâchent subitement, afin qu’ainsi il tombe soudain entièrement sur le pavé du chœur, ce voile est ensuite enlevé par le sacristain.

Il est très intéressant de noter que le grand voile de Carême reste systématiquement ouvert tout le dimanche, des premières vêpres aux secondes : le Jour du Seigneur, Dies Domini, a toujours été la fête de la résurrection, même en Carême ; le jeûne y est proscrit.

Le Cæremoniale Parisiense du cardinale de Noailles publié en 1703 diffère du reste bien logiquement l’installation du voile de Carême après les complies du Ier dimanche de Carême et avant l’office nocturne du lundi : il est vrai que puisque le voile devait rester ouvert pendant tous les dimanches, son installation avant les Ières vêpres du Ier dimanche de Carême – quoique parfaitement en phase avant la logique de l’entrée en Carême – n’était pas absolument nécessaire. Selon ce Cérémonial, les autres voiles des images et des croix sont toutefois toujours installés avant les Ières vêpres du Ier dimanche de Carême. Comme on le verra, on trouve déjà dans la plupart des coutumiers monastiques médiévaux, dès le Xème siècle, cet usage de mettre en place le voile de Carême après les complies du Ier dimanche, et peut être est-ce là un souvenir de l’époque reculée – avant saint Grégoire le Grand ! – où le jeûne ne commençait effectivement que le lundi.

2. Une tradition répandue dans toute l’Europe qui n’est pas propre à Paris

Avant la Renaissance et l’apparition des premiers cérémoniaux diocésains imprimés, il n’est pas toujours aisé de connaître le déroulement des différents rites liturgiques par le menu détail : les rubriques, dans les anciens missels médiévaux, sont lacunaires voire franchement inexistantes. On peut toutefois glaner des détails utiles dans les actes des conciles provinciaux, mais surtout dans les Coutumiers des Abbayes, qui réglaient avec précision les détails de la vie conventuelle propres à chaque grand centre monastique.

Ainsi nous trouvons notre grand voile quadragésimal mentionné par une série de conciles médiévaux anglo-normands comme devant faire partie du matériel que toute église doit nécessairement posséder : ce sont les conciles d’Exeter en 1217, de Canterbury en 1220, de Winchester en 1240, d’Evreux aussi en 1240 et d’Oxford en 1287.

Antérieurement à ces conciles, de nombreux coutumiers, constitutions et statuts médiévaux d’abbaye indiquent l’usage de fermer le sanctuaire d’un voile pendant le Carême.

La plus ancienne mention se trouve dans les Consuetudines Farfenses – Constitutions de l’abbaye de Farfa, près de Rome, rédigées vers l’an 1010 (chap. XLII), qui indiquent au soir du Ier dimanche de Carême :

Nam denique secrætarius cortinam exacta vespera in fune ordinet et completorio consummato in circulos extendant.
Et enfin le sacristain place une courtine sur une corde une fois les vêpres finies et à la fin des complies ils le referment.

Saint Lanfranc († 1089), abbé de Saint-Etienne de Caen puis archevêque de Canterbury en 1070, parle dans ses statuts du voile de Carême, qu’on doit placer après les complies du Ier dimanche de Carême, et des autres voiles des croix et des images, qui sont placés le lendemain avant tierce :

Dominica prima Quadragesimæ post Completorium suspendatur cortina inter Chorum & altare. Feria secunda ante Tertiam debent esse coopertæ Crux, Coronæ, Capsæ, textus qui Imagines deforis habent.
Le premier dimanche de Carême, après Complies, on suspend un rideau entre le chœur et l’autel. Le lundi, avant tierce, doivent être recouvertes la croix, les couronnes, les châsses, les tissus sur lesquels sont peints des images. (Statuts c. I, § 3.)

Voici quelques autres citations, qui manifestent certes quelques variantes de détails dans les usages monastiques médiévaux, mais qui permettent surtout d’apprécier la large extension de l’usage du voile de Carême :

  • Post Completorium appenditur velum inter altare, & chorum, quod nullus præter Sanctuarii Custodes, atque Ministros, absque rationabili causa audet transire.
    Après Complies, on pend un voile entre l’autel & le chœur, que nul ne doit oser franchir si ce n’est les gardes du sanctuaires et les ministres [de la messe] ou pour une cause raisonnable.
    Liber Consuetudinum S. Benigni Divionensis – Coutumier de Saint-Bénigne de Dijon.
  • Dominica post completam debet Secretarius tendere cortinam inter chorum, & altare, & Crucifixum cooperire.
    Le Dimanche après complies le Sacristain doit tendre une courtine entre le chœur et l’autel, et couvrir le Crucifix.
    Liber Usuum Beccensium – Livre des Us du Bec-Hellouin
  • Hac die post Completorium cruces cooperiantur, & cortina ante Presbyterium tendatur, quæ ita omnibus diebus privatis per XL. usque ad quartam feriam ante Pascha post Completorium remanebit. (…) In Sabbatis vero, & in vigiliis SS. duodecim Lectionum ante Vesperas à conspectu Presbyterii est cortina retrahenda, & in crastino post Completorium est remittenda. Similiter retrahentur ad Missam pro præsenti defuncto, & ad exequias : Non intres in judicium, donec septem psalmi finiantur post sepulturam, & ad benedictionem novitii. (…) Ad missam vero privatis diebus, ut Sacerdos libere ab Abbate, si assuerit, ad Evangelium legendum benedictionem petat, Subdiaconus cornu cortinæ in parte Abbatis modice retrahat, & date benedictione, ut prius erat, remittat. Diaconus vero accedat ad cortinam, ubi sublevata est, quærens benedictionem.
    Ce jour, après Complies, on couvre les croix, et on tend une courtine devant le Presbyterium, qui demeure tous les jours de semaine pendant le Carême jusqu’après les Complies du Mercredi avant Pâques. (…) Mais les Samedi et la veille des fêtes des saints à douze leçons, avant vêpres on retire la courtine afin de voir le Presbyterium, et on la remets le lendemain après les Complies. On la retire de même aux messes [de funérailles] pour un défunt dont le corps est présent, et aux obsèques, depuis Non entres in judicium, jusqu’à sept psaumes [de la pénitence] qu’on termine après la sépulture, & [aussi] à la bénédiction des novices. (…) Mais à la messe des jours de semaine, si le prêtre le veut, lorsque l’on doit lire l’évangile et qu’il demande à l’Abbé sa bénédiction, le sous-diacre soulève un peu un coin de la courtine du côté de l’Abbé, et une fois la bénédiction donnée, il la remet comme elle l’était auparavant. Le diacre lui vient jusqu’à la courtine, là où elle est soulevée, pour demander la bénédiction.
    Liber Usuum Cisterciensium – Livre des Us de Citeaux, chap. 15 : De Dominica prima XL.
  • Hac die post IX. ante Sanctuarium cortina a Sacrista tendatur, & cruces in ecclesia cooperiantur. (…) In festis vero SS. XII. Lectionum, & Dominicis, die præcedente ad Vesperas à conspectu Sanctuarii cortina abstrahenda est, & in die festi post Completorium retrahenda : similiter singulis diebus ante elevationem Domini Corporis abstrahatur, & ea facta retrehatur.
    Ce jour après None le Sacristain tend une courtine devant le sanctuaire, & couvre les croix dans l’église. (…) Mais les fêtes des saints à douze leçons & les dimanches, la veille à Vêpres on ouvre la courtine pour rendre visible le sanctuaire, et on la referme le jour de la fête après Complies. De même chaque jour on l’ouvre avant l’élévation du Corps du Seigneur, et celle-ci faite on la referme.
    Tullense S. Apri Ordinarium – Ordinaire de Saint-Evre-lès-Toul
  • Vesperæ autem diei præcedentis diem cinerum, cruces, & imagines cooperiantur, & cortina ante Presbyterium tendatur, quæ ita omnibus diebus privatis usque ad quartam feriam hebdomadæ palmarum dum canitur : Et velum Templi scissum est, remanebit. (…) Et omnibus etiam privatis diebus ad elevationem Dominici Corporis & Sanguinis Missæ conventualis, quæ cantantur in summo altari.
    Or à Vêpres du jour précédent le jour des Cendres, on couvre les croix & les images, et on tend une courtine devant le Presbyterium, laquelle demeure ainsi tous les jours de semaine jusqu’au Mercredi Saint lorsqu’on chante : Et le voile du Temple se déchira. (…) Mais pas tous les jours de semaine à l’élévation du Corps & du Sang du Seigneur à la messe conventuelle, qui se chante au maître-autel.
    Cæremoniæ Bursfeldenses – Cérémonial de la congrégation bénédictine allemande de Bursfelde, chap. 31, 1474-1475.
  • 3. Le Fastentuch allemand

    Si le voile de Carême resta en usage ici et là en Sicile et en Espagne, c’est surtout en Allemagne & en Autriche que l’on conserva cet usage jusqu’à nos jours. Le fait que les voiles de Carême (ou Fastentuch en allemand) y étaient devenus de véritables œuvres d’art par leur décoration n’est sans doute pas étranger à leur préservation, et, partant, à la permanence de l’usage.

    Le voile de Carême parisien devait être le plus souvent en toile de laine assez ordinaire (en « camelot » pour reprendre le terme technique employé par Martin Sonnet dans le Cérémonial de 1662) et a dû demeurer longtemps sans ornementation particulière, tel qu’il était dans son état primitif. Aucun n’en a été conservé et nous n’avons pas pu trouver de représentations iconographiques anciennes.

    En revanche, c’est dès la fin du XIIIème siècle qu’on observe, dans les Flandres et en Allemagne, les voiles de Carême se charger d’ornements, de broderies puis de peintures, de plus en plus riches & somptueux.

    C’est surtout en Allemagne du Sud & en Autriche qu’on voit les voiles de Carême devenir de très riches toiles peintes représentant les scènes de la Passion, souvent de vrais chefs d’œuvre de l’art de ces époques.

    Voile de Carême de la cathédrale de Fribourg - 1612

    Voile de Carême de la cathédrale de Fribourg – 1612

    En Allemagne, la cathédrale Notre-Dame de Fribourg conserve le plus grand voile de Carême connu en Europe. Datant de 1612, celui-ci mesure plus de 10 mètres sur 12 pour un poids de près d’une tonne. La scène centrale de la crucifixion est entourée de 25 carrés contenant les différents épisodes de la Passion.

    Voile de Carême de l'Abbaye de Millstatt en Autriche - 1593

    Voile de Carême de l’Abbaye de Millstatt en Autriche – 1593

    Le voile de Carême de l’Abbaye de Millstatt, en Carinthie (Autriche), remontant à 1593, était tombé en désuétude. Restauré, il fut réinstallé et utilisé de nouveau pour chaque Carême depuis 1984.

    Voile de Carême de la cathédrale de Gurk en Autriche - 1458

    Voile de Carême de la cathédrale de Gurk en Autriche – 1458

    Ces voiles de Carême étaient un véritable instrument de catéchèse par l’image, permettant d’enseigner le peuple sur l’histoire du Salut.

    Voile de Carême de la cathédrale de Gurk en Autriche composé de 99 tableaux de l'Ecriture - 1458

    Voile de Carême de la cathédrale de Gurk en Autriche composé de 99 tableaux de l’Ecriture – 1458. La composition – telle une bande dessinée de la Passion, se lit à partir du haut et se termine en bas à droite par la Résurrection.

    En Allemagne du Nord, le voile de Carême est resté de facture beaucoup plus simple : il est fait de lin blanc orné de broderies, comportant assez souvent des citations de l’Ecriture ou de la liturgie. Ces caractéristiques se retrouvent aussi pour les anciens voiles de Carême flamands qui ont été conservés dans les musées de Belgique, les plus anciens remontant au XIVème siècle. Le Musée de la cathédrale de Brandebourg près de Berlin en possède un remontant à l’an 1290.

    Voile de Carême de l'église Saint-Magnus d'Everswinkel  - éléments remontant à 1614

    Voile de Carême de l’église Saint-Magnus d’Everswinkel – éléments remontant à 1614.

    Voile de Carême de l'église l'Assomption à Marienbaum.

    Voile de Carême de l’église l’Assomption à Marienbaum.

    Martin Luther, qui détestait l’idée de Carême et de pénitence, tenta de faire disparaître les Fastentuch de toute l’Allemagne. Peu à peu ceux-ci tombèrent en désuétude, et dès la fin du XIXème siècle l’usage avait pratiquement disparu. Bien curieusement, cette ancienne tradition refit apparition avec force à partir de 1974, année où l’association caritative Misereor eut l’idée de réaliser un Fastentuch pour concrétiser les efforts de Carême des chrétiens. Cette initiative eut un retentissement certain dans toute l’Allemagne, entraînant la redécouverte de cette tradition, la restauration de nombreux voiles historiques qui dormaient dans les réserves des cathédrales ou des musées, et à nouveau leur suspension dans les sanctuaires. Le succès fut tel que même les Luthériens se mirent à en tendre ! Actuellement, on estime qu’un tiers des églises catholiques allemandes ainsi que plusieurs centaines de paroisses luthériennes suspendent un voile pendant le Carême. De l’Allemagne, la pratique tend à se répandre actuellement en Suisse, en Belgique, en Irlande et même en France.

    Voile de Carême réalisé pour l'année 2010 pour la cathédrale de Bonn.

    Voile de Carême réalisé pour l’année 2010 pour la cathédrale de Bonn.

    4. Une tradition qui trouve ses racines dans l’antiquité chrétienne

    L’usage de voiler les images, les croix et les reliques pendant le Carême est certainement ancien en Occident. Ainsi, on notera dans la vie de saint Eloi, rédigée par saint Ouin († 686), qu’on couvrait déjà d’un voile la précieuse châsse de ce saint pendant toute la durée du Carême. Mais tel n’est pas tout à fait le propos de cet article.

    L’usage de tendre un voile devant le sanctuaire des églises remonte lui à la plus antique époque.

    L’Ancienne Alliance, type de la Nouvelle, connaissait un voile[11], qui fermait le Saint des Saints, d’abord dans le Tabernacle itinérant au désert, puis dans le Temple de Jérusalem (au témoignage de saint Paul, ce voile qui fut déchiré à la mort du Christ, était du reste le second, un premier voile fermait le Saint. Cf. Hébreux IX, 3).

    Les premières églises chrétiennes ont connu des voiles de sanctuaire aussi bien en Occident qu’en Orient.

    L’autel antique était le plus souvent surmonté d’un ciborium ou baldaquin, entre les colonnes duquel étaient tendus des voiles.

    Le ciborium antique de la basilique Saint-Ambroise de Milan - notez les 4 tringles qui soutenaient les voiles entre les colonnes.

    Le ciborium antique de la basilique Saint-Ambroise de Milan – notez les 4 tringles qui soutenaient les voiles entre les colonnes.

    Mais outre ces voiles du ciborium, le sanctuaire lui-même était séparé du chœur et de la nef par une clôture appelée chancel ou templon, barrière qui pouvait comporter des colonnes, entre lesquelles des voiles étaient tendus. 12 colonnes fermaient ainsi le sanctuaire de la basilique de l’Anastasis (notre Saint-Sépulchre) construite par Constantin au début du IVème siècle. Les colonnes servaient de support pour des rideaux, comme nous renseignent différents textes des Pères de l’Eglise[12]. Le rideau du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople, donné par les munificences de l’empereur Justinien, était d’un tissu filé d’or & d’argent estimé à dix mille mines.

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople - vue de face.

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople – vue de face.

    Ce double niveau de voiles, voiles du templum et voiles du ciborium, constituait les limites du Saint & du Saint des Saints des temples de la Nouvelle Alliance.

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople - vue de dessus - notez la présence du ciborium au dessus de l'autel - le sanctuaire est fermé par les colonnes du templon.

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople – vue de dessus – notez la présence du ciborium au dessus de l’autel – le sanctuaire est fermé par les colonnes du templon.

    Les rideaux étaient fermés ou ouverts selon les moments de l’action liturgique, leur ouverture signifiant toujours la pleine communication de la grâce et symbolisant l’ouverture des cieux.

    « Lorsque, dit saint Jean Chrysostome, l’hostie céleste est sur l’autel, que Jésus-Christ, l’agneau royal, est immolé, lorsque vous entendez ces paroles : « Prions tous ensemble le Seigneur », lorsque vous voyez qu’on tire les voiles et les rideaux de l’autel, figurez-vous que vous contemplez le ciel qui s’ouvre et les anges qui descendent sur la terre. »

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople - vue latérale du sanctuaire.

    Reconstitution du sanctuaire de Sainte-Sophie à Constantinople – vue latérale du sanctuaire.

    L’Occident n’était pas en reste, on trouve dans le Liber Pontificalis de nombreuses mentions de papes (e.g. Serge Ier, Grégoire III, Zacharie, Hadrien Ier) donnant des voiles pour orner les arcades des ciboria et des sanctuaires des églises romaines.

    Plusieurs anciennes liturgies d’Orient et d’Occident contiennent une oraison – la prière du voile – que dit le célébrant lorsqu’à l’offertoire il quitte le chœur pour pénétrer dans le sanctuaire, au delà du voile qui le fermait.

    L’oraison du voile de la liturgie de saint Jacques, qui représente l’antique usage de l’Eglise de Jérusalem, est justement célèbre :

    Nous te rendons grâce, Seigneur notre Dieu, de nous accorder la confiance de pénétrer dans ton sanctuaire par ce nouveau et vivifiant chemin, qui nous est ouvert par le voile, le chemin de la chair de ton Christ. Maintenant que nous avons été trouvés dignes d’entrer dans le séjour de ta gloire, de nous tenir derrière le voile, et de contempler ton Saint des Saints, nous nous prosternons devant ta bonté. Aie pitié de nous, ô Maître, car désirant nous tenir devant ton saint autel, et de t’offrir ce sacrifice redoutable et non sanglant pour nos péchés et pour les fautes de tout ton peuple, nous sommes remplis de crainte, ô Dieu. Envoie sur nous ta bonne grâce, sanctifie nos âmes, nos corps et nos esprits, oriente nos pensées vers la sainteté afin qu’avec une conscience pure nous puissions t’offrir un sacrifice de paix, un sacrifice de louange.

    Et ayant dévoilé les voiles des mystères qui recouvrent symboliquement ce rite sacré, montre-nous en toute clarté, et remplis notre vision spirituelle avec ta lumière sans fin, et après avoir purifié notre pauvreté de toute souillure de la chair et de l’esprit, rends la digne de cette présence redoutable et craintive.

    (À voix haute) : Par la miséricorde et l’amour pour les hommes de ton Fils unique, avec lequel tu es béni, et ton très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
    R/. Amen.

    Voiles dans une église de rite syro-malankare au Kérala.

    Voiles dans une église de rite syro-malankare au Kérala (Inde du Sud).

    Les Eglises assyro-chaldéennes, arméniennes, coptes et éthiopiennes ont conservé l’usage du rideau qui ferme le sanctuaire. Dans l’Eglise arménienne, une église est réputée désaffectée si son sanctuaire est dépourvu de rideau. Dans l’Eglise byzantine, les colonnes qui au départ soutenaient le rideau se sont au cours des âges chargées d’icônes pour devenir l’iconostase : le rideau y est toujours présent, quoique sa dimension soit en pratique le plus souvent réduite à la largeur des portes du sanctuaire.

    Même si un rideau ferme le sanctuaire toute l’année en Orient, on y note toutefois des usages spéciaux pour le Carême. Ainsi chez les Arméniens, le rideau habituel est changé pour le Carême par un rideau noir. Ce rideau noir reste toujours fermé pendant la messe et les offices quadragésimaux, symbolisant l’expulsion d’Adam et d’Eve du Paradis. Il ne sera pas ouvert avant le dimanche des Rameaux [13].

    Les russes changent également leur rideau habituel, de couleur brillante, pour un autre de couleur sombre pendant les jours de semaine du Grand Carême. Tous les autres voiles et tissus de l’église sont pareillement changés. Le retour des voiles de couleur brillante se fera le samedi saint à la vigile pascale, juste avant le chant de l’évangile de la résurrection, pendant que le chœur chante : « Ressuscite, ô Dieu, & juge la terre. »

    Conclusion

    La restauration en France de cet usage, à l’instar de ce qui s’observe actuellement en Allemagne, serait-elle envisageable ?

    Juridiquement, rien ne s’y opposerait, puisque la Congrégation des Rites avait déclaré que l’usage du grand voile de Carême fermant le sanctuaire était tout à fait admissible (decr. auth. n. 3448 du 11 mai 1878).

    Toutefois, il nous reste toujours aujourd’hui quelque chose du « Carême visuel » que faisaient nos pères puisque nous avons conservé l’usage romain de voiler les croix et les statues à partir des Ières vêpres du dimanche de la Passion (quinze jours avant Pâques). Même si cet article ne traite pas directement de cette belle coutume, il pourra peut-être contribuer à mieux comprendre l’origine de cet usage et, pourquoi pas, d’en saisir quelques profondeurs historiques & symboliques insoupçonnées.

    ***********************

    Notes :    (↵ reviens au texte)
    1. Le premier dimanche de Carême est donc semidouble pour l’office (les antiennes ne sont qu’entonnées avant les psaumes et chantées in extenso après) mais de 1ère classe donc il possède le privilège de ne le céder en rien à aucune autre fête qui pourrait survenir.
    2. Dans l’usage romain, on ne voile les croix et les images qu’à partir des Ières vêpres du dimanche de la Passion, quinze jours avant Pâques.
    3. La couleur cendrée était souvent employée en Carême en substitut du violet. C’est un rappel des cendres reçues le Mercredi des Cendres.
    4. Espèce d’étoffe qui était faite ordinairement de poil de chèvre ou de laine mêlée quelquefois de soie en chaîne.
    5. Soie tirée de cocons percés, provenant des bombyx autres que le bombyx du mûrier.
    6. Voir notre article sur les antependia des autels.
    7. Autrement dit, entre le chœur et le sanctuaire.
    8. Autrement dit, le Mercredi de la Semaine Sainte.
    9. En résumé, le rideau reste tiré sauf lorsque la messe se célèbre au maître-autel où il reste ouvert, ainsi que depuis les premières jusqu’aux secondes vêpres des dimanches et fêtes doubles & semidoubles.
    10. Tous les ornements habituels de l’église sont retirés au profit des voiles de Carême. Martin Sonnet ne parle pas des fleurs mais cela semble aller de soi qu’on n’en orne plus les autels non plus.
    11. « Il (Salomon) fit aussi un voile d’hyacinthe, de pourpre, d’écarlate et de fin lin, sur lequel il fit représenter des chérubins. » (I Paralipomènes III, 14).
    12. E.g.: Saint Denis, Epître à Démophile – Saint Jean Chrysostome, IIème sermon sur l’Epître aux Ephésiens – Théodoret, Histoire Ecclésiastique livre iv, chap. 17.
    13. Renseignements aimablement communiqués par Kevork
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Liturgie et nouvelle évangélisation : conférence de S.E. le cardinal Sarah à Saint-Eugène le 5 mars prochain

Son Eminence Robert, cardinal Sarah

Son Eminence Robert, cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, sera à Saint-Eugène le jeudi 5 mars 2015, où il donnera à 20h une conférence sur la nouvelle évangélisation & la liturgie.

Venez nombreux !

L’évènement sur Facebook.

Né le 15 juin 1945 à Ourouss dans le nord de la Guinée, le cardinal Sarah est marqué dans son enfance par la piété des missionnaires spiritains de son village. Ses parents lui sourient gentiment lorsqu’il leur dit qu’il veut suivre l’exemple des missionnaires spiritains présents dans son village de Guinée : un Noir ne peut pas devenir prêtre de l’Église catholique ! Il est ordonné prêtre le 20 juillet 1969 en la Cathédrale Sainte-Marie de Conakry par Mgr Tchidimbo.

Dix ans plus tard, le 13 août 1979 il est nommé par Jean-Paul II archevêque de Conakry alors qu’il n’a que 34 ans, il devient à ce moment-là le plus jeune évêque du monde. Il est sacré le 8 décembre suivant par le cardinal Giovanni Benelli alors archevêque de Florence.

Il occupe le siège métropolitain de Conakry jusqu’en octobre 2001, date à laquelle il est appelé à la Curie romaine comme secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

Le 7 octobre 2010, le pape Benoît XVI le nomme président du Conseil pontifical Cor Unum. Quelques semaines plus tard, il est créé cardinal par Benoît XVI lors du consistoire du 20 novembre 2010. Il reçoit alors le titre de cardinal-diacre de S. Giovanni Bosco in via Tuscolana.

En 2013 lors d’un pèlerinage de séminaristes français à Rocamadour il déclare :

« On a trop discuté, ces dernières années, de la nature du prêtre, et trop peu prié. Or ce qui fait en premier le prêtre, c’est la prière et l’adoration ».

Le 9 septembre 2014, comme l’ensemble des chefs de dicastère, il est nommé par le pape membre de la troisième assemblée générale extraordinaire du synode des évêques sur la famille se déroulant du 5 au 19 octobre. Trois jours plus tard, il est également nommé membre de la Congrégation pour la cause des saints.

Le 23 novembre 2014, le pape le nomme préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

Cardinal Sarah - Dieu ou rien - entretien sur la foiS. E. le cardinal Sarah vient de publier chez Fayard un livre d’entretien, « Dieu ou rien – entretien sur la foi » réalisé avec Nicolas Diat, où il raconte avec humilité et profondeur son incroyable histoire. Un récit étayé de réflexions personnelles franches, argumentées et parfois directes, notamment sur le néo-colonialisme idéologique exercé en Afrique par l’Occident décadent. En voici quelques extraits :

Abandon « Dans ma vie, Dieu a tout fait ; de mon côté, je n’ai voulu que prier. Je suis certain que le rouge de mon cardinalat est vraiment le reflet du sang de la souffrance des missionnaires qui sont venus jusqu’au bout de l’Afrique pour évangéliser mon village. »

Adoration « Ces tournants, ce sont ces heures, ces moments de la journée où, seul à seul avec le Seigneur, j’ai pris conscience de sa volonté sur moi. Les grands moments d’une vie, ce sont les heures de prière et d’adoration. Ils enfantent l’être, ils façonnent notre véritable identité, ils enracinent notre existence dans le mystère. »

Euthanasie « L’euthanasie est le marqueur le plus aigu d’une société sans Dieu, infra-humaine […]. Pourtant, dans mes voyages, je constate un réveil des consciences. Les jeunes chrétiens d’Amérique du Nord montent progressivement au front pour re-pousser la culture de mort. Dieu ne s’est pas endormi, Il est vraiment avec ceux qui défendent la vie ! »

Exemple « Tous les jours, les spiritains vivaient au rythme des offices, de la messe, du travail, du chapelet, et ils ne dérogeaient jamais à leurs engagements d’hommes de Dieu. Petit enfant, je me disais que si les Pères allaient avec une telle régularité dans l’église, c’est qu’ils étaient certains d’y rencontrer quelqu’un et de lui parler en toute confiance. »

Gender « Concernant mon continent d’origine, je veux dénoncer avec force une volonté d’imposer de fausses valeurs en utilisant des arguments politiques et financiers. Dans certains pays africains, des ministères dédiés à la théorie du genre ont été créés en échange de soutiens économiques ! Ces politiques sont d’autant plus hideuses que la plus grande partie des populations africaines est sans défense, à la merci d’idéologues occidentaux fanatiques. »

Prière « La véritable prière laisse Dieu libre de venir à nous selon sa volonté. Nous devons savoir L’attendre dans le silence. Il faut durer dans le silence, dans l’abandon et dans la confiance. Prier, c’est savoir se taire longtemps ; nous sommes si souvent sourds, distraits par nos paroles… »

Transmission « Mon père m’a appris à beaucoup aimer la Vierge Marie. Je le revois encore se jeter à genoux, dans le sable d’Ourous, pour prier l’Angélus, chaque jour, à midi et le soir. Je n’ai jamais oublié ces moments où il fermait les yeux pour rendre grâce à Marie. Je l’imitais et je récitais mes prières pour la mère de Jésus, à ses côtés. »

Synode « L’idée qui consisterait à placer le Magistère dans un bel écrin en le détachant de la pratique pastorale, qui pourrait évoluer au gré des circonstances, des modes et des passions, est une forme d’hérésie, une dangereuse pathologie schizophrène. J’affirme donc avec solennité que l’Église d’Afrique s’opposera fermement à toute rébellion contre l’enseignement de Jésus et du Magistère. »

Son Eminence Robert cardinal Sarah aux Rameaux sur la place Saint-Pierre le 24 mars 2013

Armes de Son Eminence Robert cardinal Sarah - Sufficit tibi gratia mea - Ma grâce te suffit

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Rit parisien – Hymne Christe qui lux es & dies – complies de Carême

L’évangile de la Transfiguration, qui a été lu hier samedi à la messe des Quatre-Temps de Carême et repris ce matin à la messe du IInd dimanche de Carême, m’offre l’opportunité de vous présenter une antique hymne de complies glorifiant le Christ, Lumière du monde.

Cette hymne, Christe qui lux es et dies, fut autrefois chantée pour les complies durant le Carême, mais elle n’a pas été retenue par le Bréviaire Romain. Il faut rappeler ici, ainsi que le suggère le mot lui-même, que le Bréviaire représente une abréviation de l’ancien office choral, afin de faire tenir celui-ci en un seul livre facile à transporter avec soi. Le Bréviaire Romain – dont la réalisation première paraît être le fait de clercs de la chapelle pontificale sous Innocent III (1198 – 1216) – a ainsi – par exemple – simplifié l’office de complies, tout comme celui des vêpres de Carême.

Toutefois, cette hymne des complies a été conservée plus longtemps par un grand nombre de rites et usages diocésains ou religieux (e.g. Sarum, Worcester, Paris, Cambrai, Tours, Utrecht, Tongres, Salzbourg, Aix-la-Chapelle, Mayence, Trèves, Esztergom, Benevent, Dominicain, Augustinien, etc.), généralement pour le Carême. Cette large diffusion peut s’expliquer, à mon avis par la vénérable antiquité de cette hymne. En effet, Christe qui lux es et dies est déjà citée dans la Règle des Vierges écrite aux alentours de l’an 500 par saint Césaire d’Arles, où elle était déjà assignée aux complies durant l’année (à l’exception du temps pascal pendant lequel elle est remplacée par Christe precamur annue). Ce très beau texte a longtemps été attribué à saint Ambroise (cf. Pat. Lat. 17, 1176-1177), malheureusement son véritable auteur demeure inconnu. La construction rythmique est cependant la même que dans les hymnes de saint Ambroise.

L’adoption de la liturgie romaine dans l’Empire carolingien s’accompagna d’une diffusion généralisée de la Règle de saint Benoît, par suite d’un canon du Concile d’Aix-la-Chapelle tenu en 817 sous Louis Le Pieux.

111. Ut officium juxta quod in regula sancti Benedicti continetur celebrent monachi.
(cf. Labbe, Concilia, t. VII, c. 1505; Baluze, Capitul., I, c. 579).

Cependant, on assista à cette époque à une fusion significative de l’hymnaire bénédictin (où l’hymne assignée à complies est Te lucis ante terminum) & l’hymnaire gallican, ainsi que le montre plusieurs manuscrits de ce temps. Par exemple, le manuscrit 2106 de Darmstadt (qui peut être du des VIIIème et IXème siècles) donne : « Ad completorium Christe qui lux es et dies, item ad completorium Te lucis ante terminum ». Saint Ethelwold, évêque de Winchester, donne la même ordonnance dans sa règle monastique de 963.

Bien sûr, il y a des variantes dans les manuscrits d’un usage diocésain à un autre. Toutefois, en règle générale, le chant de cette hymne est construit de manière calme & méditative autour de la tierce mineure (ré-fa) du second ton ecclésiastique. Voici le chant de cette hymne d’après les livres de chœur de Notre-Dame de Paris datés des alentours de l’an 1300 :

Voici une traduction française des élégants dimètres iambiques de Christe qui lux es et dies d’après Charles de Courbes en 1622 :

Christe qui lux es & dies,
Noctis ténebras détegis,
Lucísque lumen créderis,
Lumen beátum prædicans.
Christ lumière, & jour apparent,
Toutes ténèbres découvrant,
Qui, splendeur de splendeur, est né,
Prêchant la divine clarté.
Precámur, sancte Dómine,
Defénde nos in hac nocte :
Sit nobis in te réquies,
Quiétam noctem tríbue.
Tres-saint Seigneur, doux Jésus-Christ,
Défend-nous durant cette vie :
Si bien qu’en toi ayons repos,
Et douce vie par ton saint laus.
Ne gravis somnus írruat,
Nec hostis nos surrípiat :
Nec caro illi conséntiens
Nos tibi reos státuat.
Non d’un tel profond somme épris,
Que de Satan fussions surpris :
Notre chair n’adhère à ses faits,
Qu’à toi ne nous accuse, infects.
Oculi somnum cápiant,
Cor ad te semper vígilet :
Déxtera tua prótegat
Fámulos qui te díligunt.
Que si notre œil est sommeillant,
Le coeur soit à toi surveillant :
Ta dextre soit l’appui constant,
De tes élus qui t’aiment tant.
Defénsor noster, áspice,
Insidiántes réprime :
Gubérna tuos fámulos
Quos sánguine mercátus es.
Sois donc notre bon défenseur,
Réprime des malins le cœur,
Régi tes servants affectés,
Que par ton sang as rachetés.
Meménto nostri, Dómine,
In gravi isto córpore :
Qui es defénsor ánimæ,
Adesto nobis, Dómine.
O Seigneur, souviens toi de nous,
En ce corps grave & si reboux,
Toi, de nos âmes, défenseur,
Assiste-nous, ô cher Sauveur.
Deo Patri sit glória,
Ejusque soli Fílio,
Cum Spirítu Paráclito,
Et nunc et in perpétuum. Amen.
A Dieu le Père soit honneur,
Et à son Fils notre Seigneur,
Au Saint Esprit semblablement,
Ores & perdurablement. Amen.

Le chant Dominicain est quasiment le même que le Parisien, avec une seule note qui diffère : ré au lieu de do au commencement du second verset (et aussi la périélèse à la fin de l’intonation, tradition parisienne typique). Voilà, s’il en était besoin, une preuve supplémentaire de l’étroite parenté entre ces deux rites. Voici le chant tel qu’il est noté dans le Completorium de Suarez de 1949. Notez la génuflexion sur le chant du verset « Quos sanguine mercatus es » :

Le chant de Sarum est en ligne sur l’excellent site web Music of the Sarum Rite, page 855 :

Plusieurs compositeurs ont laissé de la musique pour cette hymne : citons Eustache du Caurroy, Charles de Courbes ou encore William Byrd. Voici les très belles alternances polyphoniques écrites par le catholique anglais Robert White (c. 1538 † 1574), chantées ici avec le plain-chant de Sarum :

Une autre version par le même compositeur :

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Rit parisien – Antienne de Magnificat Descendentibus illis de monte – Ières vêpres du IInd dimanche de Carême

Ant. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : Ne parlez à personne de cette vision. (Matthieu, xvii, 9)

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0002154. (Intonation, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

L’antienne de Magnificat parisienne reprend l’évangile de la Transfiguration, lequel vient d’être chanté à la messe des Quatre-Temps de Carême, laquelle se célèbre entre l’heure de none et celle de vêpres. Le même évangile est du reste à nouveau chanté à la messe du IInd dimanche de Carême.

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Rit parisien – Répons Esto nobis, Domine, turris – Ières vêpres du IInd dimanche de Carême

R/. Sois-nous, Seigneur, une tour fortifiée. V/. Face à l’ennemi.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 0006673, 0006673a & 9009000.

Aux premières vêpres des dimanches & fêtes, dans l’ancien usage de Paris, le chant du capitule est suivi du chant d’un répons, ce qui marque la solennité de cet office. Cet usage s’observe assez communément dans d’autres rits diocésains ou religieux : en général, on anticipe le chant d’un répons prolixe de matines aux premières vêpres. Toutefois, et c’est le cas ici, Paris a souvent conservé un répertoire de répons brefs propres aux vêpres, dont les mélodies originales, de saveur antique, avaient été à juste titre hautement louées par l’Abbé Lebœuf au XVIIIème siècle dans son Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique. A Paris, le même répons est également chanté aux secondes vêpres de ce dimanche, ainsi qu’aux féries qui suivent.

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Rit parisien – Verset Angelis suis mandavit de te – vêpres de Carême

V/. Dieu a donné ordre pour toi à ses Anges. R/. Pour qu’ils te gardent en toutes tes voies.

Source : cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656 – Cantus ID: 0007945. Cf. Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181

Ce verset est l’une des rares concordances entre l’usage de Paris & le bréviaire romain pour le temps du Carême. Le ton employé ici est décrit par Martin Sonnet. Les deux chantres devaient sans doute faire trois tierces / périélèses successives pendant le chant de leur verset.

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Rit parisien – Hymne Jam ter quaternis trahitur – vêpres de Carême

Ton des vêpres dominicales.

Source : Antiphonaire de Notre-Dame de Paris (c. 1300) – F-Pn lat. 15181 – Cantus ID: 004550. (Intonation & Amen final, cf. Martin Sonnet, Directorium chori Parisiensi, 1656).

Comme dans l’office romain, les premières vêpres du premier dimanche de Carême marquent un changement radical dans l’organisation de l’office parisien : entre autres, on quitte les hymnes ordinaires pour prendre à partir de ce moment les hymnes de Carême. C’est là un vieux souvenir de l’époque antérieure à saint Grégoire le Grand, où le Carême commençait à partir de ce dimanche. Le répertoire parisien diffère ici du romain, qui utilise pour les vêpres de Carême l’hymne Audi benigne Conditor, attribuée à saint Grégoire le Grand. L’office parisien attribue cette hymne aux laudes et emploie pour vêpres l’hymne « Jam ter quaternis trahitur ». Cette hymne a été peu étudiée car elle est relativement peu présente dans les usages médiévaux : on la rencontre à Cambrais pour les complies du temps de la Passion, pour les vêpres de Carême dans l’usage de Worcester, d’Evreux, d’Utrecht et d’Esztergom. L’usage de Paris en connaît deux tons : l’un, celui-ci, pour les Ières & IIdes vêpres du dimanche (magnifique mélodie du IVème ton) et l’autre, plus simple pour les féries, du VIIIème ton.

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Anonyme – Emendemus in melius

Auteur anonyme français (1529).
Emendemus in melius – Répons du mercredi des Cendres.
4 voix (STTB).
4 pages.

La musique française du début du XVIème siècle, et plus largement, de la Renaissance, demeure pour de larges parts bien méconnue, alors que pour cette même période règnent sur les répertoires des chœurs ecclésiastiques les géants que sont Palestrina et Victoria.

Voici néanmoins une très intéressante pièce anonyme de 1529 (Palestrina n’avait alors que 3 ans ;-) ) qui présente une belle musique en contrepoint du répons du mercredi des Cendres.

Ce répons, le premier du second nocturne du premier dimanche de Carême dans l’office traditionnel, est également employé lors de la distribution des Cendres le mercredi qui précède, où il figure en troisième position des pièces chantées, après les antiennes Immutemur habitu et Inter vestibulum & altare.

Noter que cette pièce sonnera mieux pour voix égales (haute contre / haute taille / basse taille / basse). Néanmoins, en cas d’exécution par un chœur mixte, la première voix pourrait être chantée par toutes les voix féminines, pour peu que le chœur possède suffisamment de voix masculines.

La réclame du répons se fait à la dernière page sur * Attende Domine. Cette réclame peut être repris après le chant par un chantre du verset Adjuva nos Deus et du Gloria Patri (attaquer chacun des deux versets sur le sol naturel). Comme cela est courant dans les compositions anciennes, la polyphonie est conçue dans la même modalité que le plain-chant originel de la pièce, ce qui fait que les versets peuvent s’enchaîner sans hiatus.

Voici le texte de ce répons, ainsi qu’une traduction :

R/. Emendémus * in mélius quæ ignoránter peccávimus : ne súbito præoccupáti die mortis quærámus spátium pœniténtiæ, et inveníre non possímus. * Atténde, Dómine, et miserére : quia peccávimus tibi. Amendons par une vie meilleure les fautes que par irréflexion nous avons commises, de peur que, saisis à l’improviste par le jour de la mort, nous ne cherchions le temps de faire pénitence sans pouvoir le trouver. * Ecoute, Seigneur, et aie pitié, car nous avons péché contre toi.
V/. Adjuva nos, Deus salutáris noster : et propter honórem nóminis tui, Dómine, líbera nos. V/. Secoure-nous, Dieu de notre salut, et pour l’honneur de ton nom, Seigneur, délivre-nous.
* Atténde, Dómine, et miserére : quia peccávimus tibi. * Ecoute, Seigneur, et aie pitié, car nous avons péché contre toi.
V/. Glória Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto. V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.
* Atténde, Dómine, et miserére : quia peccávimus tibi. * Ecoute, Seigneur, et aie pitié, car nous avons péché contre toi.

Les premières mesures de cette partition :

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Anonyme français - Emendemus in melius

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Marc-Antoine Charpentier – Judith (H. 391) : chœur Peccavimus Domine

Marc-Antoine Charpentier (1643 † 1704), maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, du Dauphin, fils de Louis XIV, des Jésuites & de la Sainte Chapelle.
Chœur des fils d’Israël : Peccavimus Domine, extrait de l’histoire sacrée Judith (H. 391).
4 voix (SATB) & basse continue.
3 pages.

Ce chœur peu connu de Charpentier et qui conviendra aux temps de pénitence est extrait de son oratorio, ou – pour reprendre sa terminologie – son histoire sacrée « Judith sive Bethulia liberata », vaste fresque biblique utilisant 7 solistes, chœur à 4 voix & orchestre (2 flûtes, 2 violons & basse continue).

Le ton de la mineur (« tendre & plaintif » selon le tableau des énergie des modes de Charpentier) utilisé pour ce chœur rend admirablement les gémissements des fils d’Israël gémissant devant l’invasion des troupes assyriennes & le siège de Béthulie par Holopherne. Les changements de mesure de la partition (mesures 20-24 et 28-32) ne sont pas tant à notre sens des ruptures rythmiques (la battue restant la même) mais de lumineux changements dans l’expression harmonique dès que le texte évoque la bonté de Dieu. Voici le texte de ce chœur :

Peccávimus, Dómine, peccávimus, injúste égimus, iniquitátem fécimus. Sed tu, quia pius es, miserére nostri. Nous avons péché, Seigneur, nous avons péché, nous avons commis ce qui était injuste, nous avons fait l’iniquité. Mais toi, parce que tu es bon, aie pitié de nous.

Les premières mesures de cette partition :

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Marc-Antoine Charpentier - Judith (H. 391) : chœur Peccavimus Domine
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Jean de Bournonville – Audi benigne Conditor

Jean de Bournonville (1585 † 1632), maître de chapelle des cathédrales d’Abbeville et d’Amiens, et de la Sainte Chapelle de Paris.
Audi benigne Conditor.
4 voix mixtes (SATB).
2 pages.

Voici une mise en musique datée du début du XVIIème siècle de la célèbre hymne des vêpres de Carême dont l’auteur est selon la tradition le pape saint Grégoire le Grand au VIème siècle.

Dans son recueil publié chez Ballard en 1612 pour la collégiale de Saint-Quentin, Jean de Bournonville propose un vaste matériel polyphonique essentiellement pour les vêpres, selon les nouvelles orientations de la musique d’Eglise au sortir du Concile de Trente. Le contrepoint fleuri en est quasiment exclu, au profit de faux-bourdons ou de formules proches du faux-bourdon, favorisant la claire intelligence des textes par les fidèles. Le chant liturgique, généralement très simplifié, se retrouve en général au Tenor, comme c’est le cas ici. La polyphonie de Bournonville est conçue pour alterner avec un chœur chantant le plain-chant liturgique, aussi met-il en musique les versets ou les strophes paires des différents psaumes, cantiques ou hymnes. Cet Audi Conditor voit ainsi la mise en musique des strophes 2 & 4 de l’hymne, la doxologie finale étant conclue par un magnifique Amen polyphonique. Notre partition fournit en page deux le plain-chant des strophes 1, 3 & 5, selon le chant en usage par Bournonville. La modalité de la polyphonie correspond bien sûr à celle du plain-chant : IInd mode, transposé en sol mineur (on pourra gagner à le hausser d’un demi-ton dans une exécution a capella).

On se gardera dans l’exécution de la présente pièce d’un tempo lent ; bien au contraire, le rythme clairement marqué :

longue/longue/brève/longue/brève/longue/brève/longue

devra être rendu avec dynamisme.

Voici le texte & la traduction de cette hymne de Carême de saint Grégoire le Grand :

Audi benigne Conditor
Nostras preces cum fletibus,
In hoc sacro jejunio
Fusas quadragenario.
  Créateur plein de bonté, écoutez les prières, & regardez les larmes dont nous accompagnons le jeûne sacré de cette sainte quarantaine.
Scrutator alme cordium,
Infirma tu scis virium:
Ad te reversis exhibe
Remissionis gratiam.
  Père des miséricordes, scrutateur des cœurs, vous connaissez notre faiblesse; pardonnez à des enfants qui reviennent sincèrement à vous.
Multum quidem peccavimus,
Sed parce confitentibus:
Ad laudem tui nominis
Confer medelam languidis.
  Il est vrai que nous avons beaucoup péché; mais pardonnez-nous, en considération de l’humble aveu que nous vous en faisons; & pour la gloire de votre nom, guérissez nos âmes malades.
Sic corpus extra conteri
Dona per abstinentiam,
Jejunet ut mens sobria
A labe prorsus criminum.
  Faites que, pendant que nos corps seront mortifiés par l’abstinence, nos âmes par un jeûne plus saint, s’abstiennent de tout péché.
Præsta beata Trinitas,
Concede simplex Unitas:
Ut fructuosa sint tuis
Jejuniorum munera. Amen.
  O bienheureuse Trinité, qui êtes un seul Dieu, que votre grâce rende utile à vos serviteurs l’offrande qu’ils vous font de leurs jeûnes. Amen.

Les premières mesures de cette partition :

Bournonville - Audi benigne Conditor

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Jean de Bournonville - Audi benigne Conditor

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Catéchisme sur le Carême

La tentation du Christ au désert

Demande. Qu’est ce que le carême ?
Réponse. Ce sont les quarante jours de jeûne & de pénitence qui précèdent la fête de Pâques.

D. Qui a institué le carême ?
R. Le carême a été institué par les Apôtres.
Explication. Tertullien au IIIème siècle, rend témoignage que les Catholiques, pour combattre l’hérétique Montan qui voulait que l’on observe trois carêmes, en appelaient à la tradition, & répondaient simplement qu’ils n’observaient que les jeûnes établis par les Apôtres. Rien de plus formel que ce que dit saint Jérôme : nous jeûnons quarante jours, dit ce Père, suivant la tradition qui nous vient des Apôtres, quadragesimam secundum traditionem Apostolorum jejunamus. Les Protestants ont aboli le jeûne du carême, quoique ce soit un point de discipline incontestable & universel depuis les temps apostoliques ; n’est-ce pas montrer évidemment que sous le nom spécieux de réforme ils n’ont cherché qu’à secouer le joug de la pénitence ? Ils ont fait de même dans des points plus essentiels, comme la confession, &c. parce qu’ils sont encore plus contraires aux inclinations de la nature, mais par la même plus dignes de la Religion.

D. Pourquoi les Apôtres ont-ils établi le carême ?
R. Les Apôtres établirent le carême en mémoire du jeûne rigoureux que Jésus-Christ observa dans le désert pendant quarante jours.

D. Les Apôtres n’eurent-ils pas un autre motif en instituant le carême ?
R. Oui, les Apôtres instituèrent le carême pour disposer les Chrétiens par la pénitence à la grande fête de Pâques.
Explication. La vie d’un Chrétien doit être un exercice continuel de mortification, tous les jours il doit porter sa croix ; mais cet esprit de pénitence est si contraire au penchant de la nature, & s’affaiblit si aisément, que pour le ranimer les Apôtres établirent le carême comme un temps d’une plus grande pénitence & d’une mortification continuelle, pour mieux préparer ses enfants à la plus grande des solennités qui est Pâques, à laquelle tous doivent communier.

D. Pourquoi voile-t-on les autels & couvre-t-on les croix & les images pendant le carême ?
R. On le fait pour marquer le deuil & la tristesse qui doivent accompagner la pénitence du carême, & que doit inspirer la pensée des souffrances de Jésus-Christ.
Nota : l’usage français voulait qu’on voile les croix & les images de noir à partir du Ier dimanche de Carême. L’usage romain actuel est de voiler de violet à partir du dimanche de la Passion seulement.

D. Que faut-il faire pour entrer dans l’esprit de l’Eglise & sanctifier le carême ?
R. Cinq choses.

D. Quelle est la première pratique pour sanctifier le carême ?
R. Il faut observer le jeûne avec beaucoup d’exactitude.

D. En quoi consiste le jeûne ?
R. Selon les règles les plus communes de l’antiquité chrétienne, le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas après l’heure de vêpres, auquel peut s’ajouter une légère collation que l’Eglise tolère.
Explication. Quoique le jeûne prescrit aujourd’hui ne soit plus que l’ombre des anciens jeûnes, il est fort louable que de nos jours des chrétiens veuillent reprendre au moins partiellement les antiques usages. Il ne paraît pas hors de portée de tout un chacun de garder l’abstinence de viande pendant le carême, et si possible de tout produit animal.

D. Quelle est la seconde pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de se préparer pendant le carême à faire une bonne communion à Pâques.
Explication. Il faut pour cela se confesser, & le faire de bonne heure, à un homme sage, prudent & éclairé. Le concile de Latran ordonne que ce soit à son propre pasteur, suivant l’ancien usage. Lorsqu’on a des raisons légitimes de ne pas s’adresser à lui, il faut au moins choisir un bon confesseur. Malheur à ceux qui ne vont se confesser à des étrangers que pour surprendre l’absolution, pour les tromper, ou parce qu’ils connaissent leur trop grande facilité ; ces sortes de gens s’exposent à faire un sacrilège à Pâques.

D. Quelle est la troisième pratique pour sanctifier le carême ?
R. Il faut assister aux instructions qui se font plus fréquemment pendant le carême.

D. Quelle est la quatrième pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de faire l’aumône, de vaquer à la prière & aux autres bonnes œuvres.
Explication. Les anciens chrétiens faisaient l’aumône de ce que le jeûne leur épargnait ; les saints Pères parlent presque tous de cet usage : c’est une pratique que les bons chrétiens observent encore aujourd’hui, comme conforme à l’esprit de l’Eglise. D’ailleurs les évêques, lorsqu’ils eurent permis l’usage des œufs, du beurre, du lait, du fromage, ont exigé des aumônes en compensation du relâchement ainsi introduit dans la discipline du jeûne. A l’aumône ont joindra aussi très utilement les autres œuvres de miséricorde : nourrir les affamés, visiter les malades, les prisonniers, donner du réconfort à ceux qui souffrent, &c. Les pauvres doivent suppléer à l’aumône par la patience, & par les prières qui leur sont prescrites au lieu d’aumônes.

D. Quelle est la cinquième pratique pour sanctifier le carême ?
R. C’est de faire tous les jours quelques réflexions sur les souffrances & sur la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Explication. Ces réflexions, qui peuvent être si utiles, sont bien propres à nous occuper pendant le saint sacrifice de la messe, auquel on doit assister en carême autant qu’il est possible ; on peut aussi les faire dans le courant de la journée & le soir après sa prière.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774
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Programme du premier dimanche de Carême

Les trois tentations de N.S. - Le Miroir de l'humaine condition, Ecole française du XVe siècleSaint-Eugène, le dimanche 9 mars 2014, grand’messe de 11h.
(Répétition samedi 8 mars à 18h, précédée du chant des vêpres de la Vierge à 17h40)

> Catéchisme sur le Carême

Quoique les fidèles jeûnent depuis mercredi, la liturgie n’ouvre néanmoins qu’aujourd’hui le commencement du Carême. Autrefois, il s’agissait en effet du véritable début du Carême, le premier jour de jeûne commençant le lendemain lundi. C’est saint Grégoire le Grand qui rajouta les 4 premiers jours au VIème siècle afin d’arriver au compte rond de 40 jours de jeûne. L’office divin conserve la disposition antique antérieure à saint Grégoire : les hymnes propres au Carême ne sont chantées qu’à partir des premières vêpres de ce dimanche ; au second nocturne de l’office de la nuit, une leçon de saint Léon le Grand annonce aux fidèles le début du Carême :

Très chers fils, leur dit-elle, ayant à vous annoncer le jeûne sacré et solennel du Carême, puis-je mieux commencer mon discours qu’en empruntant les paroles de l’Apôtre en qui Jésus-Christ parlait, et en répétant ce qu’on vient de vous lire : Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant les jours du salut ? Car encore qu’il n’y ait point de temps dans l’année qui ne soient signalés par les bienfaits de Dieu, et que, par sa grâce, nous ayons toujours accès auprès de sa miséricorde ; néanmoins nous devons en ce saint temps travailler avec plus de zèle à notre avancement spirituel et nous animer d’une nouvelle confiance. En effet, le Carême, nous ramenant le jour sacré dans lequel nous fûmes rachetés, nous invite à pratiquer tous les devoirs de la piété, afin de nous disposer, par la purification de nos corps et de nos âmes, à célébrer les mystères sublimes de la Passion du Seigneur.
Sermon de saint Léon, pape, IVème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au second nocturne.

Ce premier dimanche de Carême est un jour solennel et ne le cède à aucune fête, pas même celle du saint patron du lieu. L’Eglise nous donne en ce jour l’évangile des trois tentations du Christ au désert. Il est remarquable que toutes les pièces du propre de la messe sont empruntées au psaume 90, celui-là même qui fut cité au Christ par le Satan tentateur.

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Programme du dimanche de l’expulsion d’Adam du Paradis – ton 4

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 22 février 2015 du calendrier grégorien – 9 février 2015 du calendrier julien, divine liturgie de saint Jean Chrysostome de 9h15.

Dimanche du ton IV de l’Octoèque. Le dimanche de l’expulsion d’Adam du Paradis perdu est aussi appelé dimanche de la Tyrophagie car ce jour est le dernier jour de la semaine de la Tyrophagie, où les fidèles peuvent user de laitage. Ce dimanche est le dernier jour avant le grand Carême, lequel commence à l’entrée des vêpres du soir. Techniquement, ce dimanche correspond au Ier dimanche de Carême dans la tradition latine (en Occident, le jeûne de Carême commençait aussi jusqu’à saint Grégoire le Grand au lundi suivant ce dimanche ; c’est toujours le cas dans les rits ambrosien & mozarabe).

Les vêpres de ce dimanche soir appartiennent déjà liturgiquement au lendemain lundi, qui est le premier jour du jeûne du Carême dans le rit byzantin. Cet office des vêpres du dimanche soir est donc le premier office du Carême byzantin.

« Sur nos âmes a brillé la lumière de ta grâce, Seigneur ; * voici le temps favorable, voici le temps de la conversion ; rejetons les œuvres de ténèbre et des armes de lumière revêtons-nous, * afin que, l’océan du Carême traversé, * nous atteignions le havre de la Résurrection, le troisième jour, * avec notre Seigneur Jésus-Christ, * le Sauveur de nos âmes. » (premier stichère idiomèle des apostiches).

Dans le rit byzantin, l’entrée en Carême se fait à l’entrée du clergé dans le sanctuaire après le chant du lucernaire de ces vêpres du dimanche soir, à l’issue desquelles se déroulent dans la tradition russe le rit émouvant du pardon : le célébrant demande pardon à tous pour les blessures et les offenses qu’il a pu causer ; tous se demandent alors pardon tandis que le chœur a pris récemment coutume de chanter les stichères de Pâques (rien n’est prescrit à cet endroit par le Typikon ; dans certains lieux, on a pris coutume de chanter le psaume 136 « Sur le bord des fleuves de Babylone » ou les stichères du psaume 50 de l’Avant-Carême : « Ouvre-moi les portes de la pénitence »). Les stichères de Pâques sont chantés à ce moment comme un avant-goût de la joie pascale qui nous attend au terme du Carême, mais aussi en raison du pardon mutuel & de la fraternité chrétienne véritable qu’ils chantent :

« C’est le jour de la Résurrection, * soyons illuminés par le triomphe, * embrassons-nous les uns les autres, * disons : « Frères », * même à ceux qui nous haïssent ; * pardonnons tout dans la Résurrection. »

Aux vêpres du pardon les stichères de Pâques sont chantés tout doucement à mi-voix par le chœur ; elles seront proclamées à pleine voix dans la nuit de la résurrection.

Aux heures
A tierce & à sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Et maintenant. Theotokion de tierce. Kondakion : du Triode.

Tropaires des Béatitudes : six tropaires du ton dominical occurrent et quatre tropaires de la 6ème ode du canon du Triode :

1. A cause de l’arbre défendu * Adam fut exilé du Paradis, mais par l’arbre de la croix le Larron y entra ; * car l’un, goûtant de son fruit, méprisa le commandement du Créateur, * l’autre, partageant ta crucifixion, confessa ta divinité : ** Souviens-toi de moi dans ton royaume.
2. Seigneur exalté sur la Croix, * tu as brisé la puissance de la mort, * effaçant la cédule écrite contre nous ; * accorde-nous la repentance du Larron * et donne à tes fidèles serviteurs, ô Christ notre Dieu, * de te crier comme lui : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
3. D’un coup de lance, sur la croix * tu as déchiré la cédule écrite contre nous ; * et, compté parmi les morts, tu as enchaîné le prince de l’Enfer, * délivrant tous les hommes des liens de la mort * par ta Résurrection, dont la lumière a brillé sur nous ; * Seigneur ami des hommes, nous te crions : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
4. Crucifié & ressuscité du tombeau, * Dieu tout-puissant, le troisième jour, * avec toi, seul Immortel, tu ressuscitas le premier homme, Adam ; * donne-moi, Seigneur, de prendre aussi la voie du repentir * afin que, de tout mon cœur * & dans l’ardeur de ma foi, je te crie : ** Souviens-toi de moi, Sauveur, en ton royaume.
5. Pour nous l’Impassible devient homme de douleur * et sur la croix se laisse clouer, * afin de nous ressusciter avec lui ; * aussi nous glorifions avec la Croix * les Souffrances & la sainte Résurrection * par lesquelles nous fûmes rénovés, * obtenant le salut en criant : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
6. Ressuscité d’entre les morts * et dépouillant l’empire de la Mort, * il apparut aux Myrrophores, leur annonçant la joie ; * et nous fidèles, prions-le * d’épargner à nos âmes la corruption, * lui répétant sans cesse la parole du bon Larron : ** Souviens-toi de nous aussi dans ton royaume.
7. Lorsque je vois * l’océan de cette vie * soulevé par la tempête des tentations, * j’accours à ton havre de paix * et je crie, O Dieu de bonté : ** A la fosse rachète ma vie.
8. Sauveur, au Paradis * tu m’avais revêtu, dans ta bonté, * d’un vêtement divin ; * mais, séduit par le démon, * j’ai violé ton commandement ** et, malheureux, j’ai reconnu, ma nudité.
9. Pauvre âme, tu t’es éloignée, * dans ta négligence, de Dieu ; * le Paradis de délices te fut ravi * et des Anges tu fus séparée ; * dans la fosse tu es tombée : ** quelle chute, ce jour-là !
10. Fais-moi grâce et prends pitié, * Seigneur tout-puissant ; * Dieu de bonté, ne méprise pas * l’ouvrage de tes mains, * bien que je me sois éloigné ** du cortège de tes Saints.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 4 : Recevant de l’Ange la joyeuse nouvelle * de la Résurrection de leur Seigneur * et détournant l’ancestrale condamnation, * les saintes Femmes se firent gloire d’annoncer aux Apôtres : * le Christ a triomphé de la mort, * il est ressuscité, notre Dieu, ** pour donner au monde la grâce du salut.
2. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
3. Kondakion du Triode, ton 6 : Guide de sagesse & maître de savoir, * pédagogue qui nous donnes la raison, * protecteur des pauvres, fortifie & instruis mon cœur, * acccorde-moi de chanter : ** Dieu de tendresse, aie pitié de moi, pauvre pécheur.

Prokimen
Du Triode, ton 8 :
R/. Prononcez des vœux et accomplissez-les pour le Seigneur, notre Dieu (Psaume 75, 12).
V/. Dieu est connu en Judée, en Israël son Nom est grand (Psaume 75, 2).

Epître
Du dimanche de l’expulsion d’Adam : Romains (§ 112), XIII, 11 – XIV, 4.
La nuit est déjà fort avancée, et le jour s’approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière.

Alleluia
Du Triode, ton 6 :
V/. Ton amour, Seigneur, à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta fidélité (Psaume 88, 2).
V/. Car j’ai dit : l’amour est bâti à jamais, aux cieux tu as fondé ta fidélité (Psaume 88, 3).

Evangile
Du dimanche de l’expulsion d’Adam : Matthieu (§ 17), VI, 14-21.
Car si vous pardonnez aux hommes les fautes qu’ils font, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez point aux hommes leurs fautes, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés.

Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1). Alleluia, alleluia, alleluia.

La divine liturgie sera suivie directement des vêpres d’entrée en Carême.

Au lucernaire, ton 3
4 stichères de l’octoèque, ton 4 (deux des vêpres du dimanche soir, deux des apostiches des matines du lundi matin), 3 stichères du Triode, ton 2 & 3 stichères des Ménées (au 10 février : du saint hiéromartyr Charalampès le Thaumaturge), ton 6. Théotokion des Ménées, ton 6..
5. Du Triode, par saint Joseph l’Hymnographe († 886), ton 2 : Entrant dans le stade divin du jeûne purificateur, * hâtons-nous, par la tempérance, de rendre humble la chair, * par les prières et les larmes, recherchons le Seigneur qui nous sauve, * oublions définitivement tout mal et clamons : * Christ Roi, nous avons péché contre Toi, * sauve-nous comme jadis Tu as sauvé les Ninivites ** et, dans ta tendresse, rends-nous participants du Royaume céleste.
6. Du Triode, par saint Joseph l’Hymnographe († 886), ton 2 : Seigneur, je désespère de moi-même, * à la pensée de mes oeuvres qui méritent le châtiment, * car voici, Sauveur, j’ai négligé tes saints commandements * et j’ai dépensé ma vie dans le péché. * Aussi, je T’implore, Toi le seul miséricordieux, * purifie-moi dans les flots du repentir, * illumine-moi par le jeûne et la prière * et ne Te détourne pas de moi, ô Très-bon, ** Toi qui combles de biens l’univers.
7. Du Triode, par saint Théodore Studite (759 † 826), ton 2 : Commençons dans la joie le temps du jeûne, * engageons le combat spirituel, * purifions l’âme, purifions la chair, * abstenons-nous de toute passion, comme de nourriture, * pour goûter aux vertus de l’Esprit en persévérant dans leur désir, * afin d’être rendus dignes de contempler * la Passion vénérable du Christ Dieu ** et, dans l’allégresse spirituelle, sa sainte Pâque.
8. Du saint hiéromartyr Charalampès le Thaumaturge, ton 6 : Dès ta jeunesse consacré * tout entier au Seigneur, * tu l’as chéri, et tu marchas sur ses traces ; * purifié de toute souillure des passions, * tu as reçu de Dieu le pouvoir de guérir * et de faire des miracles prodigieux ; * et tu rendis témoignage en demeurant * inébranlable sous les coups des châtiments, * par la puissance de celui * qui fut immolé sur la croix ; ** sans cesse intercède pour nos âmes auprès de lui.
9. Du saint hiéromartyr Charalampès le Thaumaturge, ton 6 : Les clous pénétrèrent dans ton corps, * mais tu l’enduras patiemment * en invincible athlète, bienheureux Charalampès ; * et, malgré les supplices qui te broyaient, * tu gardas ton âme sans changement * et demeuras inviolable en ton esprit ; * car au plus profond de ton cœur * brûlait l’amour de Dieu, qui te permit * de supporter toute sorte de châtiment, * victorieux Martyr ayant pris part aux souffrances du Christ ; ** avec confiance, intercède pour nos âmes auprès de lui.
10. Du saint hiéromartyr Charalampès le Thaumaturge, ton 6 : Tu as obtenu, par ton combat de martyr * l’inestimable gloire, la claire joie * et l’éternelle jubilation, * prêtre saint, athlète vénérable, vaillant soldat * qui as submergé sous les flots de ton sang * les troupes d’assaut du dragon ; * toi dont la prière ressuscita les morts par grâce de Dieu, ** avec confiance, intercède pour nos âmes auprès de lui.
Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
Théotokion des Ménées, au 18 février : Blessé par le brigandage des démons * et gisant sans forces sur le chemin * de cette vie inconstante, j’ai besoin * de ta miséricorde, Vierge tout-immaculée : * viens vite me visiter, en répandant * le vin et l’huile sur mes plaies incurables, * et rends-moi la santé, * afin que je puisse te glorifier * et chanter avec amour, comme il se doit, ** Mère toute-pure et toujours-vierge, tes hauts faits.

Télécharger le livret des choristes pour ce dimanche.

Télécharger le livret commun des Dimanches d’Avant-Carême.

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Enregistrement : sainte messe du Mercredi des Cendres

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Téléchargez les partitions chantées au cours de cette messe & présentes dans cet enregistrement :

Les fichiers MP3 sont téléchargeables ici.

Imposition des Cendres - Pontifical de Guillaume Durand - Avignon circa 1357

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