Programme de l’Ascension

Saint-Eugène, le jeudi 5 mai 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

Catéchisme sur l’Ascension.

Saint Augustin estimait que la fête de l’Ascension était d’institution apostolique. Cette fête est en effet très ancienne, même si dans les tous premiers temps de l’Eglise, l’Ascension du Seigneur était célébrée au jour de la Pentecôte, jointe à la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres (cette disposition, qui nous paraîtra aujourd’hui curieuse, est encore attestée au début du IVème siècle par Eusèbe de Césarée et le récit de la pèlerine Egérie). L’institution d’une fête propre au 40ème jour après Pâques paraît remonter au dernier quart du IVème siècle, probablement après le premier Concile œcuménique de Constantinople de 381 qui défendit la divinité de l’Esprit-Saint (on voulut sans doute alors réserver la fête de la Pentecôte à la célébration seule du mystère de l’Esprit-Saint) – et il est possible que saint Grégoire de Nysse – dont on possède l’homélie pour l’Ascension de l’année 388 – fusse, sinon l’initiateur – du moins l’un des premiers propagateurs d’une célébration de l’Ascension au 40ème jour après Pâques au lieu du 50ème jour. La fixation de la célébration liturgique de l’Ascension au jeudi qui est le 40ème jour après Pâques, commune à partir de la fin du IVème siècle à tous les rits d’Orient & d’Occident, n’est bien sûr pas le fruit du hasard, notre Seigneur s’étant élevé vers le ciel 40 jours après sa résurrection ainsi que le rapporte saint Luc dans les Actes des Apôtres (« Il s’était aussi montré à eux depuis sa passion, et leur avait fait voir, par beaucoup de preuves, qu’il était vivant, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu. » Actes 1, 3). Selon une tradition patristique ancienne (attestée par les Constitutions Apostoliques, livre V, chap. XIX.), l’ascension du Seigneur s’est produite à midi, aussi l’heure de sexte revêt une solennité particulière en ce jour. A Rome, après la messe célébrée sur l’autel de Saint-Pierre, le Pape était couronné par les cardinaux et, vers l’heure de sexte, se rendait en procession solennelle au Latran, accompagné par les évêques et tout le clergé.

La liturgie traditionnelle connait en ce jour un symbole fort : afin de signifier le départ de notre Maître & Seigneur, après le chant par le diacre de l’évangile à la messe de ce jour, on éteint « le Cierge pascal, que nous vîmes allumer dans la nuit de la résurrection, et qui était destiné à figurer, par sa lumière de quarante jours, la durée du séjour de notre divin Ressuscité au milieu de ceux qu’il a daigné appeler ses frères » (dom Guéranger).

L’Ascension est une fête d’obligation pour l’Eglise universelle, ce qui signifie que l’assistance à la messe et la sanctification du jour en sont obligatoires, à l’instar d’un dimanche.

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Une litanie rythmée de Saint-Gall en usage à Rouen le mercredi des Rogations

Lebrun-Desmarettes, dans ses Voyages liturgiques de France (1718), décrit abondamment les processions des Rogations telles qu’elles étaient pratiquées dans l’Eglise de Rouen. Dans ce diocèse, on usait de litanies spéciales pour les processions du mardi & du mercredi des Rogations, les litanies du lundi étant tout simplement les litanies des saints. Voici la description pittoresque qu’en fait l’auteur :

« Le mardi des Rogations, la procession va à l’église de Saint-Gervais avec les mêmes cérémonies qu’hier ; il y a sermon, lequel étant fini, on dit à genoux les prières après lesquelles on chante le répons : O Constantia martyrum, lequel étant fini, trois chanoines chantent la litanie qui commence par Humili prece et sincera devotione ad te clamantes, Christe exaudi nos, que le chœur répète après chaque couple ou combinaisons de strophes composées chacune d’un vers hexamètre et d’un pentamètre, qui contiennent les noms des saints selon leur ordre, dont la composition est aussi pitoyable que le chant est charmant.

La procession va sur les bords des fossez dans lesquels il y a des tours, des écoutes ou voutes, & plusieurs échos qui retentissent de ce beau chant avec ses cadences. On ne peut rien entendre de plus agréable ni de plus charmant. Les chantres continuent la litanie jusqu’à ce qu’étant arrivez au chœur de l’église cathédrale, ils la finissent par les deux dernières strophes dont la dernière est grecque.

Le mercredi des Rogations on va en procession à Saint-Nicaise à la même heure et avec les mêmes cérémonies que le lundi, pareillement avec sermon. En retournant, trois chanoines chantent d’abord la litanie : Ardua spes mundi, qu’on répète après une strophe composée d’un vers hexamètre & d’un pentamètre, qui contiennent les noms des saints selon leur ordre, dont la composition n’a rien de beau non plus que le chant. Mais quand on est venu à un certain carrefour, trois prêtres chapelains en commencent une autre dont le chant est plus beau, & qui fait un fort bel effet avec les reprises. En voici l’ordre. Les trois prêtres chapelains chantent Rex, Kyrie, Kyrie, eleison, Christe, audi nos. Le chœur répète la même chose. Puis les trois prêtres chapelains, au milieu de la procession, chantent Sancta Maria, ora pro nobis ; après quoi trois diacres chapelains de même chantent Rex virginum, Deus immortalis. Trois sous-diacres chapelains ajoutent : Servis tuis semper miserere. Le chœur : Rex, Kyrie, Kyrie eleison, Christe, audi nos. Et ils poursuivent ainsi tous neuf la litanie le long du chemin jusque dans le chœur, où on la finit. Au retour, on dit Nones, & ensuite on va dîner, car il est bien midi & au delà. »

Nous avons publié sur ce blog un article présentant les curieuses litanies qu’on chantait à Paris aux Rogations. Nous allons nous intéresser à l’une des litanies en usage à Rouen, Ardua spes mundi, celle justement dont Lebrun-Desmarettes ne goûtait ni le texte ni le chant. 🙂

Cette litanie décrite au début du XVIIIème siècles par l’auteur des Voyages liturgiques est d’ancien usage à Rouen aux Rogations, puisqu’on la trouve déjà à cette place dans le Graduel de la cathédrale de Rouen du XIIIème siècle (Paris, BnF, lat. 904).

Voici les pages de ce manuscrit contenant cette litanie :

En voici une transcription du chant, du 4ème ton, sur ce manuscrit :

Ardua Spes Mundi du Graduel de Rouen du XIIIème siècle

Cette litanie versifiée et rythmée est de fait beaucoup plus ancienne : elle fut en effet composée par le moine Ratpert de Saint-Gall († 884) pour être chantée aux processions dominicales de cette fameuse abbaye suisse. C’est un témoin parmi bien d’autres de l’extraordinaire efflorescence intellectuelle, artistique et scientifique, qui caractérisa Saint-Gall, alors l’un des fers de lance de la Renaissance carolingienne. En raison du grand rayonnement de l’école de chant de saint Gall, Ardua spes mundi, comme bien d’autres pièces du répertoire liturgique composé pour l’usage de la fameuse abbaye, fut rapidement reprise dans de nombreuses Eglises d’Occident, et reçut même une approbation du pape Nicolas III († 1280) comme litanie (cf. Schubiger, Die Sängerschule St Gallens, p. 37). On la retrouve souvent assignée aux processions des Rogations (dans le diocèse de Trèves, elle est ainsi chantée le mardi des Rogations).

Cette litanie figure dans un très bel enregistrement réalisé par l’Ensemble Gilles Binchois sous la direction de Dominique Vellard et consacré au répertoire de Saint-Gall :

Techniquement, dans les livres de l’Abbaye de Saint-Gall en Suisse, Ardua spes mundi est classée en réalité comme étant un versus, et non une litanie stricto sensu.

Les versi constituent un type de pièces liturgiques un peu particulières et rares (on n’en dénombre qu’une trentaine dans tout le répertoire liturgique occidental). Ce sont des hymnes composées pour être chantées en procession, la plupart du temps avec un refrain (qui est en général la première strophe) ; ce refrain est souvent découpé en deux parties qui sont reprises alternativement après chaque strophe. Seuls deux versi ont survécus dans l’usage courant : il s’agit du Gloria, laus et honor sit de Théodulfe d’Orléans, chanté le dimanche des Rameaux à la procession, et d’autre part du Pange lingua chanté pendant l’adoration de la croix au Vendredi saint. Composé par saint Venance Fortunat au VIème siècle, ce dernier comporte un refrain découpé en deux parties qui alternent Crux fidelis inter omnes & Nulla silva.

La plus riche collection de versi est sans doute contenue dans le manuscrit 381 de la Stiftsbibliothek de Saint-Gall, qui en précise les auteurs et l’usage liturgique. Voici, regroupés par auteur (tous moines de Saint-Gall ormis saint Venance Fortunat), les versi que contient ce manuscrit, lequel date de la fin du Xème siècle :

  • Hartmann († 925) :
    • Sacrata libri dogmata (« pour être chanté avant qu’on lise l’évangile » ; sans doute pour remplir le temps de la procession de l’évangile, qui peut être très long dans une grande abbatiale comme saint Gall)
    • Salve lacteolo decoratum (pour les Saints Innocents)
    • Cum natus esset Dominus (pour les Saints Innocents)
    • Humili prece (pour les jours de fêtes ; notez que ce versus était lui aussi employé comme litanie à Rouen pour le mardi des Rogations, ainsi que l’indique supra Lebrun-Desmarettes. Cette pièce a connu une grande ferveur un peu partout dans les usages diocésains médiévaux)
    • Suscipe clementem plebs devotissima (pour la réception d’un roi)
  • Saint Venance Fortunant († 609)
    • Salve festa dies (pour Pâques)
  • Ratpert († 884)
    • Ardua spes mundi (aux processions des dimanches)
    • Laudes omnipotens (lorsqu’on reçoit l’eucharistie ; on retrouve cette pièce ultérieurement dans beaucoup de diocèses pour la procession qui ramène le Saint-Sacrement au maître-autel le Vendredi Saint au cours de la messe des Présanctifiés – c’était sans doute aussi son usage initial à Saint-Gall)
    • Aurea lux terra (pour la réception d’une reine)
    • Annue sancte Dei (pour saint Gall)
  • Notker le Bègue († 912)
    • Ave beati germinis (« sur l’Ancien Testament »)
  • Waldramm († c. 900)
    • Rex benedicte (pour la réception d’un roi)

On trouve en ligne le manuscrit 381 de Saint-Gall. Voici les quatre pages on est écrit le versus Ardua spes mundi (pages 42 à 45). Notez que le manuscrit indique les reprises de chaque moitié du refrain, alternativement Ardua spes mundiChriste exaudi nos, comme le pratiquait encore Rouen au XVIIème siècle sous les yeux de Lebrun-Desmarettes. La structure poétique comme le chant changent dans la fin de la pièce.

Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 42 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 43 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 44 Ardua spes mundi - manuscrit 381 de Saint-Gall, page 45

Voici le texte d’Ardua spes mundi d’après ce manuscrit :

Ardua spes mundi
Solidator & inclyte cœli
Christe exaudi nos
Propitius famulos.

Virgo Dei Genitrix
Rutilans in honore perennis
Ora pro famulis
Sancta Maria tuis. R/. Christe.

Angele summe Dei
Michael miserere cito nostri
Adjuvet & Gabriel
Atque pius Raphael. R/. Ardua.

Aspice nos omnes
Clemens baptista Johannes
Petreque cum Paulo
Nos rege docti loquo. R/. Christe.

Cœtus apostolicus
Sit nobis fautor & omnis
Ac patriarcharum
Propheticusque chorus. R/. Ardua.

Poscere nunc Stephanum
Studeamus carmine summum
Ut cum martyribus
Nos juvet ipse pius. R/. Christe.

Inclyte Laurenti
Qui flammas exuperasti
Victor ab etherio
Nos miserere choro. R/. Ardua.

Splendide Silvester,
Gregori ac sancte magister
Nos quoque cum sociis
Ferte juvando polis. R/. Christe.

O Benedicte pater
Monachorum Galleque frater
Cum reliquis sanctis
Nos refovete polis. R/. Ardua.

Maxime de Suevis
Superis conjuncte catervis,
Sancte Othmare tuum
Lætifica populum. R/. Christe.

Inclyte Magne tuam
Clemens nunc respice plebem
Auxilio tutos
Undique redde tuos. R/. Ardua.

Virgineos flores
Agnes, Agathesque ferentes
Auxilio vestris
Addite nos sociis. R/. Christe.

Innocuos pueros
Resonemus laude peractos
Qui nos nos pueros
Dant resonare melos. R/. Ardua.

Omnes o Sancti nostræ succurrite vitæ.
Perque Crucem sanctam salva nos Christe Redemptor.
Ira deque tua clemens nos eripe Christe.
Nos peccatores audi te Christe rogamus.
Ut pacem nobis dones te Christe rogamus.
Crimen ut omne tuis solvas te Christe rogamus.
Auræ ut temperiem dones te Christe rogamus.
Ut fruges terræ dones te Christe rogamus.
Ut populum cunctum salves te Christe rogamus.
Ecclesiamque tuam firmes te Christe rogamus.
Fili celsi throni nos audi tete rogamus.
Agne Dei Patris nobis miserere pusillis.
Christe exaudi nos, O Kyrie ymon eleison.

Selon les diocèses, le texte de Raptert a été adapté en fonction des saints locaux. Ainsi à Rouen, ce sont Romanus et Audoenus (saint Romain et saint Ouen) qui sont invoqués, au lieu des saints de l’abbaye Suisse (saint Gall, saint Othmar).

Les limites de cet article ne nous permettent pas d’envisager les autres litanies chantées aux Rogations à Rouen. Voici néanmoins un enregistrement du versus Humili prece composé par Hartmann de Saint-Gall, et louée hautement par Lebrun-Desmarettes :

Chant du rit ambrosien pour l’Ascension

R/. Psallite Deo nostro, psallite, psallite, Regi nostro, psallite. R/. Chantez pour notre Dieu, chantez, chantez pour notre roi, chantez.
V/. Omnes gentes plaudite manibus : * jubilate Deo in voce exultationis. V/. Tous les peuples, battez des mains  : jubilez pour Dieu par votre cri d’exultation.
V/. Elegit nos hæreditatem suam : * speciem Jacob quam dilexit. V/. Il choisit pour nous son héritage : fierté de Jacob qu’il a aimé.
V/. Ascendit Deus in jubilo : * et Dominus in voce tubæ. V/. Dieu monte au milieu des jubilations : et le Seigneur au son de la trompette.
V/. Regnabit Dominus super omnes gentes : * Deus sedet super sedem sanctam suam. V/. Le Seigneur a régné sur toutes les nations : Dieu s’est assis sur le trône de sa sainteté.

Source : Liber vesperalis juxta ritum Sanctæ Ecclesiæ Mediolanensis, Rome, 1939. Alii cantus pro opportunitate adhibendi, p. 878.

3 curieuses litanies pour les Rogations dans l’ancien usage de Paris

Petite, et accipietis :
quærite, et invenietis :
pulsate, et aperietur vobis.
Comme chacun sait, les Rogations sont des processions de supplications et de pénitence instituées la première fois en Gaule par saint Mamert, évêque de Vienne vers 470. Le succès de ces processions de supplication fut immédiat dans la toute jeune France, puisque dès 511, le Concile d’Orléans réuni par le roi Clovis en parle dans ses 27ème & 28ème canons comme d’une institution bien établie :

27. Rogationes, id est Lætanias, ante Ascensionem Domini ab omnibus ecclesiis placuit celebrari, ita ut præmissum triduanum jejunium in Dominicæ Ascensionis festivitate solvatur ; per quod triduum servi et ancillæ ab omni opere relaxentur, quo magis plebs universa conveniat. Quo triduo omnis abstineant et quadraginsimalibus cibis utantur. 27. Il a paru bon que les Rogations, c’est-à-dire les Litanies, soient célébrées par toutes les églises avant l’Ascension du Seigneur ; que durant ces trois jours les serviteurs & les servantes soient dispensés de tout travail, afin que le peuple se réunisse plus au complet. Pendant ces trois jours, que tous fassent abstinence et usent des aliments de Carême.
28. Clerici vero qui ad hoc opus sanctum adesse contemserint, secundum arbitrium episcopi ecclesiæ suscipiant disciplinam. 28. Quant aux clercs qui mépriseraient d’être présents à cette sainte cérémonie, qu’ils subissent une peine ecclésiastique au libre arbitre de l’évêque.

Remarquons l’équivalence qu’établit le Concile d’Orléans entre les deux termes de Rogations et de Litanies. Ces prières de demande (rogare = demander) prennent en effet dès l’origine en Gaule la forme de litanies. Certes, comme en témoignent les manuscrits médiévaux ou les éditions imprimées des processionnaux, on chantait en France des psaumes et des antiennes pendant ces processions, mais le cœur des prières employées pour supplier Dieu à cette occasion et ce qui frappait le plus les esprit du peuple consistait en des litanies. La même équivalence sémantique a perduré depuis 511 jusqu’à nos jours dans le rit romain – qui accueillera sous le pape saint Léon III (†816) les cérémonies des Rogations -, puisqu’on les y désigne également sous le nom de Litanies mineures. Dans la liturgie romaine, rien ne distingue dans leur forme liturgique les processions des Rogations ou Litanies mineures, de celle qui a lieu le 25 avril en la fête de saint Marc, les litanies majeures, instituées elles par saint Grégoire le Grand. En France cependant, les anciens usages liturgiques des différents diocèses présentent au contraire une grande variétés de pièces particulières aux trois jours des rogations : psaumes, stations, antiennes, répons, mais surtout de nombreuses litanies ; en général tout ce répertoire change chacun des trois jours.

Les litanies autrefois en usage en France pour les Rogations pourraient se regrouper en 3 types principaux :

  • Le fond le plus ancien consiste en un type litanique issu des litanies diaconales de l’Orient byzantin, qu’on retrouve dans les litanies de Carême de la messe ambrosienne. Il est représenté principalement par la litanie dite de saint Martin, qui est sans doute la plus ancienne et qui commence par V/. Dicamus omnes. R/. Domine miserere. V/. Ex toto corde, et ex tota mente, adoramus te. R/. Domine miserere, etc… A chaque invocation, le peuple répond Kyrie eleison ou Domine miserere. Ces litanies n’invoquent pas les saints, mais supplient Dieu pour diverses nécessités concrètes. Elles constituent la partie la plus vénérable du répertoire liturgique français, remontant à l’époque de l’ancien rit des Gaules, et elles ont survécu dans certains diocèses français jusqu’au XIXème siècle.
  • Un second type de litanies en usage en France au Moyen-Age est tout à fait similaire aux litanies des saints que nous connaissons encore de nos jours au rit romain. Après le Kyrie initial et les invocations aux trois Personnes divines, ce sont la Vierge Marie et les saints qui sont invoqués. Souvent, ces litanies ne comportent pas les invocations que le rit romain ajoute après la liste des saints. On pourraient du reste comparer ces litanies des saints à des invocations aux saints similaires qui existent également aux complies byzantines. Il est vraisemblable que ce type de litanies des saints remonte à l’époque carolingienne.
  • Un troisième type parait avoir été initialement en faveur dans le Sud de la France mais, à la faveur des réformes liturgiques néo-gallicanes des XVIIème & XVIIIème siècles, a connu un grand regain d’intérêt et s’est largement diffusé. Aux invocations des saints s’entremêlent de courtes supplications à Dieu. L’archétype en est la litanie Aufer a nobis que le musicologue Amédée Gastoué donnait pour antique et originaire de Gaule Narbonnaise, souvent rééditée au XXème siècle. Nous allons retrouver plus bas cette litanie Aufer a nobis pour le mercredi des Rogations. Il est vraisemblable que l’on soit ici en présence d’un type originaire de la liturgie mozarabe qui a été synthétisé avec les litanies des saints du type précédent. A ce type on peut également rattacher les litanies versifiées et rythmées composées par l’école de Saint-Gall au IXème siècle : Ardua spes mundi & Humili prece, en usage dans beaucoup de diocèses.

L’usage de Paris au Moyen-Age comportait pour les Rogations des antiennes, des versets, des oraisons et les litanies des saints selon le second schéma ci-dessus. Ainsi, selon ce missel parisien du XIIIème siècle (folio 251 V° et suivant), Paris invoquait dans ses litanies des Rogations la Sainte Trinité, la Bienheureuse Vierge Marie, les 3 principaux archanges, saint Jean Baptiste, les Apôtres & Évangélistes, 91 martyrs, 51 confesseurs & 41 Vierges, en les chantant sur cette magnifique cantilène du premier ton :

Après une romanisation mal vécue de leur rit au début du XVIIème siècle, les liturgistes parisiens des XVIIème & XVIIIème siècle ont recherché dans les différentes traditions anciennes des Eglises de France ce qui méritait d’être mis à l’honneur et ont attribué aux trois jours des Rogations des litanies anciennes issues de diverses traditions françaises. Ces litanies appartiennent au 3ème type énoncé ci-dessus.

Nous les donnons ci-après pour les trois jours, d’après la très belle édition suivante :
Office de l’Eglise noté pour les festes et dimanches, à l’usage des Laïcs, par ordre de Monseigneur l’Archevêque. IVème partie, le Temps paschal. Paris, Libraires associés, 1760. Pages 67-72, 78-79 & 86-88.

Voici comment s’organisait les Rogations à Paris : une première procession a lieu au cours de laquelle on se rend d’une église à une autre (de l’église de collecte à l’église de station) en chantant les psaumes graduels avec des antiennes prolixes. A l’église stationale est chantée la messe, puis l’on revient à la première église en chantant les litanies. On termine en chantant l’antienne du saint auquel est dédiée l’église, son verset et son oraison (C’est l’usage commun du reste que lorsque la procession s’arrête dans un oratoire ou une église, on chante de même l’antienne, le verset et l’oraison de son titulaire).

A Saint-Eugène nous chantons bien sûr les Rogations selon le rit Romain, avec les litanies des saints avant la messe. Cependant, à la fin de la messe, quand la procession regagne la sacristie, nous chantons ces anciennes litanies, qui ne sont pas sans beauté musicale, loin s’en faut, et qui rappellent la variété des expressions de la foi en notre pays. Peut-être le lecteur en pourra faire son profit.

Quelques principes régissant cette édition musicale :

  • Les barres verticales ne sont pas des barres qui indiquent la respiration des chantres mais la distinction des mots, conformément à l’usage le plus ancien (les respirations doivent se déduire de la ponctuation).
  • Quand les rubriques parlent de cadence, il s’agit du motif que les chantres parisiens font depuis le Moyen-Age pour indiquer qu’ils passent le chant au chœur, et qui se traduit par la modification des dernières notes de la mélodie (on parle selon le cas de périélèse et de diaptose). Comparez ainsi dans la première litanie, le Christe audi nos des enfants et celui du chœur.

Dom Guéranger sur les Rogations

Rogations

Aujourd’hui commence une série de trois jours consacrés à la pénitence. Cet incident inattendu paraît au premier abord une sorte d’anomalie dans le Temps pascal ; et néanmoins, quand on y réfléchit, on arrive à reconnaître que cette institution n’est pas sans une relation intime avec les jours auxquels elle se rapporte. Il est vrai que le Sauveur disait avant sa Passion que « durant le séjour de l’Époux au milieu de nous, il ne serait pas temps de jeûner » ; mais ces dernières heures qui précèdent son départ pour le ciel n’ont-elles pas quelque chose de mélancolique ? et n’étions-nous pas portés tout naturellement hier à penser à la tristesse résignée et contenue qui oppresse le cœur de la divine Mère et celui des disciples, à la veille de perdre celui dont la présence était pour eux l’avant-goût des joies célestes ?

Il nous faut maintenant raconter comment et à quelle occasion le Cycle liturgique s’est complété, dans cette saison, par l’introduction de ces trois jours durant lesquels la sainte Église, toute radieuse qu’elle était des splendeurs de la Résurrection, semble vouloir tout à coup rétrograder jusqu’au deuil quadragésimal. L’Esprit-Saint, qui la dirige en toutes choses, a voulu qu’une simple Église des Gaules, un peu après le milieu du Ve siècle, vît commencer dans son sein ce rite imposant qui s’étendit rapidement à toute la catholicité, dont il fut reçu comme un complément de la liturgie pascale.

L’Église de Vienne, l’une des plus illustres et des plus anciennes de la Gaule méridionale, avait alors saint Mamert pour évêque. Des calamités de tout genre étaient venues désoler cette province récemment conquise par les Burgondes. Des tremblements de terre, des incendies, des phénomènes effrayants agitaient les populations, comme autant de signes de la colère divine. Le saint évêque, désirant relever le courage de son peuple, en le portant à s’adresser à Dieu dont la justice avait besoin d’être apaisée, prescrivit trois jours d’expiation durant lesquels les fidèles se livreraient aux œuvres de la pénitence, et marcheraient en procession en chantant des psaumes. Les trois jours qui précèdent l’Ascension furent choisis pour l’accomplissement de cette pieuse résolution. Sans s’en douter, le saint évêque de Vienne jetait ainsi les fondements d’une institution que l’Église entière allait adopter.

Les Gaules commencèrent, comme il était juste. Saint Alcime Avit, qui succéda presque immédiatement à saint Mamert sur le siège de Vienne, atteste que la pratique des Rogations était déjà consolidée dans cette Église. Saint Césaire d’Arles, au commencement du VIe siècle, en parle comme d’une coutume sacrée déjà répandue au loin, désignant au moins par ces paroles toute la portion des Gaules qui se trouvait alors sous le joug des Visigoths. On voit clairement que la Gaule tout entière ne tarda pas d’adopter ce pieux usage, en lisant les canons portés à ce sujet dans le premier concile d’Orléans tenu en 511, et réuni de toutes les provinces qui reconnaissaient l’autorité de Clovis. Les règlements du concile au sujet des Rogations donnent une haute idée de l’importance que l’on attachait déjà à cette institution. Non seulement l’abstinence de chair est prescrite pendant les trois jours, mais le jeûne est de précepte. On ordonne également de dispenser de leur travail les gens de service, afin qu’ils puissent prendre part aux longues fonctions par lesquelles ces trois jours étaient pour ainsi dire remplis. En 567, le concile de Tours sanctionnait pareillement l’obligation du jeûne dans les Rogations ; et quant à l’obligation de férier durant ces trois jours, on la trouve reconnue encore dans les Capitulaires de Charlemagne et de Charles le Chauve.

Le principal rite des Églises des Gaules durant ces trois jours consista, dès l’origine, dans ces marches solennelles accompagnées de cantiques de supplication, et que l’on a appelées Processions, parce que l’on se rend d’un lieu dans un autre. Saint Césaire d’Arles nous apprend que celles qui avaient lieu dans les Rogations duraient six heures entières ; en sorte que le clergé se sentant fatigué par la longueur des chants, les femmes chantaient en chœur à leur tour, afin de laisser aux ministres de l’Église le temps de respirer. Ce détail emprunté aux mœurs des Églises des Gaules à cette époque primitive, peut nous aider à apprécier l’indiscrétion de ceux qui, en nos temps modernes, ont poussé à l’abolition de certaines processions qui prenaient une partie notable de la journée, et cela dans l’idée que cette longueur devait être en elle-même considérée comme un abus.

Le départ de la Procession des Rogations était précédé de l’imposition des cendres sur la tête de ceux qui allaient y prendre part, et c’était le peuple tout entier. L’aspersion de l’eau bénite avait lieu ensuite ; après quoi le pieux cortège se mettait en marche. La Procession était formée du clergé et du peuple de plusieurs églises d’un rang secondaire, qui marchaient sous la croix d’une église principale dont le clergé présidait la fonction. Tout le monde, clercs et laïques, marchait nu-pieds. On chantait la Litanie, des Psaumes, des Antiennes, et l’on se rendait à quelque basilique désignée pour la Station, où l’on célébrait le saint Sacrifice. Sur la route on visitait les églises qui se rencontraient, et l’on y chantait une Antienne à la louange du mystère ou du saint, sous le titre duquel elles avaient été consacrées.

Tels étaient à l’origine, et tels ont été longtemps les rites observés dans les Rogations. Le Moine de Saint-Gall, qui nous a laissé de si précieux mémoires sur Charlemagne, nous apprend que le grand empereur, en ces jours, quittait sa chaussure comme les plus simples fidèles, et marchait nu-pieds à la suite de la croix, depuis son palais jusqu’à l’église de la Station. Au XIIIe siècle, sainte Élisabeth de Hongrie donnait encore le même exemple ; son bonheur était, durant les Rogations, de se confondre avec les plus pauvres femmes du peuple, marchant aussi nu-pieds, et couverte d’un grossier vêtement de laine. Saint Charles Borromée, qui renouvela dans son Église de Milan tant d’usages précieux de l’antiquité, n’eut garde de négliger les Rogations. Par ses soins et par ses exemples, il ranima dans son peuple l’ancien zèle pour une pratique si sainte. Il exigea de ses diocésains le jeûne pendant ces trois jours, et il l’accomplissait lui-même au pain et à l’eau. La Procession, à laquelle tout le clergé de la ville était tenu d’assister, et qui commençait par l’imposition des cendres, partait du Dôme au point du jour, et ne rentrait qu’à trois ou quatre heures après midi, ayant visité le lundi treize églises, neuf le mardi, et onze le mercredi. Le saint Archevêque célébrait le saint Sacrifice dans une de ces églises, et adressait la parole à son peuple.

Si l’on compare le zèle de nos pères pour la sanctification de ces trois journées avec l’insouciance qui accompagne aujourd’hui, surtout dans les villes, la célébration des Rogations, on ne saurait manquer de reconnaître ici encore une des marques de l’affaiblissement du sens chrétien dans la société actuelle. Combien cependant sont importantes les fins que se propose la sainte Église dans ces Processions auxquelles devraient prendre part tant de fidèles qui ont des loisirs pieux, et qui, au lieu de les consacrer à servir Dieu par les œuvres de la vraie piété catholique, les consument dans des exercices privés qui ne sauraient ni attirer sur eux les mêmes grâces, ni apporter à la communauté chrétienne les mêmes secours d’édification !

Les Rogations s’étendirent rapidement des Gaules dans toute l’Église d’Occident. Elles étaient déjà établies en Espagne au VIIe siècle, et elles ne tardèrent pas à s’introduire en Angleterre, et plus tard dans les nouvelles Églises de la Germanie, à mesure qu’elles étaient fondées. Rome elle-même les adopta à la fin du VIIIe siècle, sous le pontificat de saint Léon III. C’était peu de temps après que les Églises des Gaules ayant renoncé à la liturgie gallicane pour prendre celle de Rome, eurent à admettre dans leurs usages la Procession de saint Marc. Mais il y eut cette différence qu’à Rome on conserva à la Procession du 25 avril le nom de Litanie majeure, et l’on appela Litanies mineures celles des Rogations, tandis qu’en France on désigna ces dernières par l’appellation de Litanies majeures, en réservant le nom de mineure pour la Litanie de saint Marc. Mais l’Église romaine, sans blâmer la dévotion des Églises des Gaules qui avaient cru devoir introduire dans le Temps pascal trois journées d’observance quadragésimale, n’adopta pas cette rigueur. Il lui répugnait d’attrister par le jeûne la joyeuse quarantaine que Jésus ressuscité accorde encore à ses disciples ; elle s’est donc bornée à prescrire l’abstinence de la viande durant ces trois jours. L’Église de Milan qui garde si sévèrement, ainsi que nous l’avons vu, l’institution des Rogations, l’a placée au lundi, mardi et mercredi qui suivent le dimanche dans l’Octave de l’Ascension, c’est-à-dire au delà des quarante jours consacrés à célébrer la Résurrection.

Il faut donc, pour être dans cette véritable mesure dont l’Église romaine ne se départ jamais, envisager les Rogations comme une institution sainte qui vient tempérer nos joies pascales et non les anéantir. La couleur violette employée à la Procession et à la Messe de la Station n’a pas pour but de nous indiquer encore la fuite de l’Époux ; mais elle nous avertit que son départ est proche ; et l’abstinence qui nous est imposée, bien qu’elle ne soit pas accompagnée du jeûne, est déjà comme un témoignage anticipé de nos regrets pour cette chère présence de notre Rédempteur qui va nous être sitôt ravi.

En écrivant ces lignes destinées à expliquer aux fidèles les motifs d’une institution que l’Église a sanctionnée par ses ordonnances, il nous vient en mémoire que, dans ces dernières années, l’abaissement des mœurs chrétiennes est venu à tel point parmi nous, que plusieurs Évêques ont cru devoir solliciter du Siège apostolique la remise de l’abstinence en ces trois jours, après tant de siècles, et dans cette même France qui, par son exemple, avait imposé à toute la chrétienté la solennité des Rogations. C’est donc une expiation de moins, une intercession de moins, un secours de moins, en un siècle déjà si appauvri des moyens par lesquels la vie chrétienne se conserve, par lesquels le ciel est fléchi, les grâces de salut obtenues. Puissent les vrais fidèles en conclure que l’assistance aux Processions de ces trois jours est devenue plus opportune que jamais, et qu’il est urgent de compenser, en s’unissant à la prière liturgique, l’abolition d’une loi salutaire qui datait de si loin, et qui, dans ses exigences, pesait si légèrement sur notre mollesse !

Selon la discipline actuelle de l’Église, les Processions des Rogations, dont l’intention est d’implorer la miséricorde de Dieu offensé par les péchés des hommes, et d’obtenir la protection céleste sur les biens de la terre, sont accompagnées du chant des Litanies des Saints, et complétées par une Messe spéciale qui se célèbre soit dans l’église de la Station, soit dans l’église même d’où la Procession est partie, si elle ne doit pas s’arrêter dans quelque sanctuaire

On ne saurait trop estimer les Litanies des Saints, à cause de leur puissance et de leur efficacité. L’Église y a recours dans toutes les grandes occasions, comme à un moyen de se rendre Dieu propice, en faisant un appel à la cour céleste tout entière. Si l’on ne pouvait prendre part aux Processions des Rogations, que l’on récite du moins ces Litanies en union avec la sainte Église : on aura part aux avantages d’une si sainte institution, et on contribuera à obtenir les grâces que la chrétienté sollicite de toutes parts en ces trois jours ; enfin on aura fait acte de catholique.

Prose parisienne de l’Ascension – Offices notés complets de Paris – 1899

Prose parisienne de l'Ascension

Solemnis hæc festivitas
Novum instaurat gaudium,
Qua perennis felicitas
Proponitur in præmium.
Qu’en cette fête solennelle
La joie anime nos esprits,
Puisque de la gloire éternelle
Elle nous propose le prix.
Christus, scandens in æthera,
Mortis fregit potentiam,
Sedens Patris in dextera
Jugem parat lætitiam.
Le Sauveur dont la mort amère,
La mort & l’enfer a dompté,
Nous prépare auprès de son Père
Des torrents de félicité.
Dies per multos sæpius
Suis vivus apparuit
Et comitum cor durius
Mittis magister arguit.
Souvent il se plaît d’apparaître
Aux chers témoins de ses douleurs,
Et se plaint, comme un tendre maître,
De la dureté de leurs cœurs.
Suos per gentes imperat
Ferre salutis nuntium ;
Sed non priusquam afferat
Dei virtus auxilium.
Il veut que par leur ministère
L’évangile soit répandu,
Dès que, suivant l’ordre du Père,
L’Esprit Saint sera descendu.
Discipulis mirantibus,
Cælo triumphans redditur ;
Et subductus aspectibus
Nube clara suscipitur.
Le divin Sauveur, à leur vue,
Monte triomphant dans les cieux ;
Une claire & brillante nue
L’entoure & le cache à leurs yeux.
Qui penetravit in feras
Domos redemptor pacifer
Se fert in nubes superat,
Mundi supremus arbiter.
Lui qui, dans les plus creux abîmes,
Descendit y porter la paix,
Aux demeures les plus sublimes
Monte pour régner à jamais.
Ab ascendente ducitur
Regnatura captivitas,
Palma victis asseritur,
Mortuis immortalitas.
Des captifs, qu’il comble de gloire,
Suivant Jésus en sa cité,
Il donne aux vaincus la victoire,
Aux mortels l’immortalité.
Ut ascendit, sic veniet
Sedens in nubis solio ;
Pœna malos afficiet
Judex ponosque præmio.
Tel qu’en ce pompeux équipage,
Il monta dans les cieux alors,
Tel il viendra sur un nuage
Juger les vivants et les morts.
Patri monstrat assidue
Quæ dura tullit vulnera,
Et sic pacis perpetuæ
Nobis exorat fœdera.
Ses glorieuses cicatrices
Fléchissent le Père éternel,
Et rendent ses bontés propices
Aux vœux de l’homme criminel.
Nunc animis accipite
Paratum cælo premium,
Ut membrorum cum capite
Arctius sit consortium.
De l’éternelle récompense,
Les trésors seront infinis,
Et pleine sera l’alliance
Du chef aux membres réunis.
Quos hic orphanos deseris,
Jesu, respice cælitus :
Mitte nobis e superis
Promissi dona Spiritus.
Regardez d’un œil favorable
Les orphelins que vous quittez :
Versez sur eux, Sauveur aimable,
Les dons que vous leur promettez.
Tibi devotis mentibus
Per te lucescat veritas :
Per te succencis cordibus
Divina flagret caritas. Amen. Alleluia.
Que votre Esprit entre en nos âmes,
Qu’il y porte la vérité,
Qu’il y vienne allumer les flammes
D’une parfaite charité. Amen. Alleluia.

Sermon de saint Jean-Marie Vianney sur les Rogations (extraits)

Procession des Rogations avec reliques dans un monastère« Nous voyons que, dans les temps de calamités publiques, les évêques ordonnent des processions extraordinaires pour apaiser la colère de Dieu, ou pour obtenir de sa miséricorde quelque grâce particulière. Dans ces processions, l’on porte quelquefois les reliques des saints, afin que le bon Dieu, à la vue de ce dépôt précieux, se laisse fléchir en notre faveur. L’Eglise a fixé quatre jours dans l’année pour faire ces processions de pénitence, qui sont  : le jour de Saint-Marc et les trois jours des Rogations. Dans ces processions, l’on porte une croix et des bannières, où est peinte l’image de la sainte Vierge et du patron de la paroisse : c’est pour avertir les fidèles qu’ils doivent toujours marcher à la suite de Jésus-Christ crucifié, et s’efforcer d’imiter les saints que l’Eglise nous a donnés pour patrons, protecteurs et modèles. Nous devons regarder toutes les processions que nous faisons comme une espèce de triomphe où nous accompagnons Jésus-Christ et les saints ou saintes. Jésus-Christ se plaît à répandre les bénédictions dans tous les lieux où son image ou celle des saints a passé : c’est ce qui s’est vu d’une manière particulière à Rome, lorsque la peste semblait ne vouloir laisser personne. Le Pape voyant que ni les pénitences, ni les autres bonnes œuvres, ne pouvaient faire cesser ce fléau, ordonna une procession générale, où l’on porta l’image de la sainte Vierge peinte par saint Luc. Dès que l’on fut en route, partout où l’image de la sainte Vierge passait, la peste cessait et l’on entendit des anges qui chantaient : « Regina cæli lætare, Alleluia. » Alors la peste cessa entièrement. Cette marche, que nous faisons en suivant la croix, nous rappelle que notre vie ne doit être autre chose qu’une imitation de celle de Jésus-Christ qui s’est donné pour être notre modèle, et en même temps notre guide ; et que, toutes les fois que nous le quittons, nous sommes surs de nous égarer. La croix et les bannières, mes frères, que nous voyons à la tête des processions, sont pour les vrais fidèles un grand sujet de joie, parce que nous faisons un petit corps d’armée qui est formidable au démon et nous donne droit aux grâces de Dieu, puisqu’il n’y a rien de si puissant que les prières qui se font, tous réunis ensemble, sous la conduite des pasteurs (Rodriguez, t. IV, p. 620. (Note du Saint)). Voyez, mes frères, ce qui arriva aux Israélites sous la conduite de Josué : ils firent pendant sept jours le tour des remparts de la ville de Jéricho avec l’arche, marchant respectueusement avec les ministres sacrés. Les Chananéens s’en moquaient du haut de leurs murailles ; mais ils changèrent bientôt de sentiments (Jos. VI). A la fin de cette étrange procession, les fortifications tombèrent au seul son des trompettes, et le Seigneur livra leurs ennemis entre leurs mains avec la même facilité que des agneaux sans aucune résistance. Tel est, mes frères, la victoire que Jésus-Christ nous fait remporter sur les ennemis de notre salut, lorsque nous avons le bonheur d’assister à ces processions avec beaucoup de religion et de respect.

(…)

Mais voyons maintenant un mot de ce que c’est que la procession de Saint-Marc et celle des Rogations. Ecoutez bien : ceci est assez intéressant. Il faut que vous sachiez qui les a instituées, quand elles ont été instituées, et pourquoi elles ont été instituées.

En l’année 492, les tremblements de terre furent si grands, et les habitants de la ville de Vienne en Dauphiné furent si épouvantés qu’ils se croyaient à la fin du monde. Ce qui les effraya encore plus, ce fut le feu du ciel qui tomba sur la maison de ville, et la réduisit en cendres avec plusieurs maisons voisines. Les bêtes féroces sortaient des forêts, et venaient attaquer les hommes au milieu des places publiques. Les habitants, tout effrayés, courent dans l’église avec leur évêque, pour se garantir de ces monstres. Saint Mamert, qui était leur évêque, fit faire beaucoup de prières et de pénitences ; et ensuite, pour demander à Dieu la cessation de ces maux, il ordonna, trois jours avant l’Ascension, des processions solennelles et des jeunes pour apaiser la colère de Dieu. Les autres églises de France, et plusieurs autres églises en firent de même, et ensuite ces processions se firent dans tout le monde chrétien. Rien n’était plus édifiant que la manière dont ces processions se faisaient alors : on y assistait nu-pieds, revêtu de cilice et couvert de cendres ; on observait un jeûne très rigoureux pendant les trois jours ; il était défendu de travailler, afin que l’on eût plus de temps pour la prière, et tout ce temps était employé à demander pardon au bon Dieu des péchés, à prier pour la conservation des fruits de la terre et pour les besoins de l’Etat.

(…)

Nous devons donc, mes frères, pour nous conformer à son intention, regarder ces jours comme des jours consacrés à la prière, à la pénitence et aux autres bonnes œuvres ; nous faire un grand scrupule d’y manquer ; et y paraître avec un extérieur modeste et recueilli, avec un cœur contrit et profondément humilié sous la puissante main de Dieu, par la vue de nos péchés et des châtiments qu’ils méritent. Etant animés de ces sentiments, nous devons solliciter avec instance, au nom de Jésus-Christ, la divine Miséricorde pour nous, pour nos frères, pour tous les besoins de l’Eglise, pour les besoins de l’Etat, et particulièrement pour la conservation des biens de la terre. Mais, hélas ! des devoirs si nécessaires et fondés sur des motifs si intéressants sont presque entièrement oubliés ; tandis qu’on voit certaines personnes sans cesse aux vogues du monde. Eh quoi ! si l’Eglise nous prescrit des prières pendant ces quatre jours, nous nous ferions une peine d’y assister, puisque ce n’est que pour apaiser la colère du bon Dieu et pour détourner les maux que méritent nos péchés ?

Savez-vous, mes frères, à quoi l’Eglise nous invite lorsqu’elle nous appelle aux processions ? Le voici, mes frères. C’est de quitter quelques moments le travail de la terre, pour nous occuper de celui de notre salut. Quel bonheur, quelle grâce de nous forcer en quelque sorte de sauver notre âme ! Mon Dieu, quel don ! nous cherchons le ciel dans ces processions. Disons encore que nous faisons, dans ce moment, ce que les saints ont fait toute leur vie. Dites-moi, mes frères, qu’a fait Jésus-Christ pendant sa vie ? Rien autre, sinon que de travailler à nous sauver. Eh bien ! mes frères, voilà ce que nous faisons pendant les jours de Saint-Marc et des Rogations. Quel bonheur, mes frères, de travailler dans ce moment au salut de notre âme ! Hélas ! mes frères, que le bon Dieu se contente de peu de chose, si nous comparons ce que nos péchés méritent à ce que les saints ont fait ! Ils ne se sont pas contentés de quelques jours de jeûne et de quelques voyages de dévotion, ni de quelques jours d’abstinence ; mais voyez combien d’années de larmes et de pénitences pour bien moins de péchés que nous ! Voyez un saint Hilarion, qui pleura pendant quatre-vingts ans dans un bois. Voyez un saint Arsène, qui passa le reste de sa vie entre deux roches. Voyez un saint Clément, qui a enduré un martyre qui a duré trente-deux ans. Voyez encore ces foules de martyrs, qui ont donné leur vie pour assurer leur salut. On en voit un exemple bien frappant dans la personne de sainte Félicité, mère de sept enfants, qui vivait sous l’empereur Antonin. Les prêtres des idoles, voyant comment cette sainte savait faire sortir les gens de l’idolâtrie, dirent à l’empereur : « Nous croyons, Seigneur, devoir vous avertir qu’il y a dans Rome une veuve avec ses sept enfants qui, étant de cette secte impie que l’on nomme chrétienne, font des vœux sacrilèges qui rendront vos dieux implacables. » Sur-le-champ, l’empereur dit au préfet de faire venir cette veuve, de la forcer, par toutes sortes de tourments, à sacrifier à ses dieux ; et à son refus, de la faire mourir. Le préfet l’ayant fait venir, la pria avec bonté de quitter sa religion impie, et de sacrifier aux dieux de l’empire ; sinon l’empereur avait ordonné de la faire mourir. Mais sainte Félicité lui répondit avec une sainte fierté : « N’espérez pas, Publius, que vous me gagnerez par vos prières ni par vos menaces. Vous avez le choix, ou de me laisser vivre, ou de me faire mourir ; mais vous êtes sûr d’être vaincu par une femme. » – « Mais, lui dit le préfet, si tu veux mourir, meurs ; mais au moins ne sois pas la cause que tes enfants périssent. » – « Mes enfants périraient, s’ils savaient sacrifier aux démons qui sont tes dieux ; mais s’ils meurent pour le vrai Dieu, ils vivront éternellement. » Mais le préfet : « Ayez au moins pitié de vos enfants qui sont à la fleur de leur âge. » – « Gardez votre compassion pour d’autres, nous n’en voulons point. » Ensuite se tournant contre ses enfants qui étaient présents : « Voyez-vous, mes enfants, ce ciel si beau et si élevé, c’est là que Jésus-Christ vous attend pour vous récompenser ; combattez généreusement, mes enfants, pour le grand Roi du Ciel et de la terre. » On la fit frapper cruellement au visage. Le préfet fit venir le premier de ses enfants nommé Janvier ; ne pouvant le gagner, il le fit cruellement fouetter, puis conduire en prison. Félix se présenta ensuite, et lui répondit : « Non, préfet, vous ne nous ferez pas renoncer à notre Dieu pour sacrifier au démon ; faites-nous endurer tous les tourments que vous voudrez, nous ne les craignons pas. » Publius, les ayant fait passer devant son tribunal sans rien pouvoir gagner, le dernier lui dit : « Ah ! préfet, si tu savais les feux qui te sont préparés pour te brûler pendant toute l’éternité ! Ah ! si tu savais que la justice de Dieu est prête à te frapper ! Profite du temps que notre Dieu te laisse encore pour te repentir. » Rien ne put le gagner, il les fit tous mourir ; mais pendant l’exécution, la mère les engageait à souffrir généreusement pour Jésus-Christ : « Courage, mes enfants ; voyez le ciel où Jésus-Christ vous attend pour vous récompenser. »

Eh bien ! voilà des saints qui n’avaient qu’une âme à sauver, qu’un Dieu à servir comme nous, et voyez ce qu’ils ont fait. Oui, mes frères, ils ne se sont pas contentés de quelques prières comme nous les faisons pendant quelques moments où l’Eglise nous appelle à prier ; mais ils ont courageusement donné leur vie pour sauver leur âme. Finissons, mes frères, en disant que nous devons nous faire un grand plaisir, une grande joie d’assister à toutes ces saintes processions qui se font dans le courant de l’année, et tâchons d’y venir avec un désir sincère pour demander miséricorde. Faisons que jamais le respect humain, ni la moindre incommodité ne soient capables de nous faire transgresser la loi de l’abstinence et du jeûne. Heureux, mes frères, si nous remplissons toutes ces petites pratiques de piété, puisque le bon Dieu veut s’en contenter… »

Texte complet de ce sermon sur les Rogations et les Processions, l’Abstinence et les Quatre-Temps.

Catéchisme sur l’Ascension

Ascension

Demande. Quelle fête célébrons-nous le jeudi qui tombe quarante jours après Pâques  ?
Réponse. La fête de l’Ascension, qui est le jour où Notre-Seigneur est monté au ciel.

D. Qui a établi la fête de l’Ascension ?
R. Les Apôtres qui en avaient été les témoins.

D. Combien le Sauveur demeura-t-il sur la terre après sa Résurrection ?
R. Il y demeura quarante jours, qu’il employa à instruire ses Apôtres.
Explication. Jésus-Christ ne voulait laisser aucun doute sur sa Résurrection. Pendant les quarantes jours qu’il demeura sur la terre après qu’il fut ressuscité, il mangea avec les Apôtres, conversa avec eux, leur apparaissant très souvent : il les convainquit de sa Divinité & de la vérité de sa Religion : il leur apprit les vérités qu’ils devaient annoncer au monde : il les instruisit sur le gouvernement de son Eglise qu’il confiait à leurs soins, sur l’administration des Sacrements, &c. enfin il retourna à son Père.

D. Jésus-Christ n’était-il pas déjà au ciel ?
R. Jésus-Christ était au ciel comme Dieu, mais il y monta comme homme le jour de l’Ascension.

D. Qui sont ceux qui furent présents à l’Ascension triomphante de Jésus-Christ ?
R. Jésus-Christ monta au ciel, par sa propre vertu, en présence de ses Apôtres & de plusieurs autres disciples.
Explication. Le jour même que le Sauveur avait choisi pour monter au ciel, il mangea avec ses Apôtres : il leur tint un discours dans lequel il réitère ses ordres & leur renouvelle ses promesses : il s’avança avec eux du côté de Béthanie, les conduisit sur la montagne des Oliviers, éloignée d’environ deux mille pas de Jérusalem. Arrivé au sommet de cette montagne célèbre, Jésus lève les yeux & les mains vers le ciel, puis les rabaissant sur ses chers disciples, il leur donna sa bénédiction au moment même que, tous brûlants d’amour pour leur divin Maître, ils avaient les yeux fixés sur lui ; ils le virent s’élever peu à peu vers le ciel, ils ne se lassaient point de le regarder, saisis d’amour & d’admiration, lorsqu’une nuée brillante le déroba à leurs yeux.
Les vestiges des pieds sacrés du Sauveur demeurèrent gravés sur l’endroit du roc où il était lorsqu’il s’éleva dans le ciel : saint Jérôme, qui passa une grande partie de sa vie dans la Palestine, l’assure positivement : Sulpice Sévére, saint Paulin de Nôle, saint Augustin, le vénérable Bède rendent le même témoignage. Saint Jérôme ajoute que dans l’église magnifique que sainte Hélène fit bâtir sur le Mont des Oliviers on ne put recouvrir de marbre cette place sainte, ni fermer la voûte à l’endroit qui y répondait. L’église a été détruite par les sarrasins. Saint François de Sales, dans son excellent traité de l’amour de Dieu, fait mention d’un gentilhomme qui expira sur cette sainte montagne, dans l’endroit même où le Sauveur monta au ciel : l’amour divin qui embrasait son cœur opéra ce prodige.

D. Que firent les Apôtres après l’Ascension de Jésus-Christ dans le ciel ?
R. Les Apôtres retournèrent dans le cénacle, où ils demeurèrent jusqu’au jour de la Pentecôte.
Explication. Les Apôtres & les autres disciples, les yeux fixés au ciel, demeurèrent immobiles, regardant avec admiration le lieu où le Sauveur avait disparu à leurs yeux, lorsque deux anges, sous une figure humaine, leur apparurent & leur dirent : Hommes de Galilée, que faites-vous les yeux fixés vers le ciel ? Ce Jésus que vous venez de voir s’élever au ciel en descendra comme vous l’avez vu y monter. Les anges disparurent, & les Apôtres se ressouvenant de l’ordre que leur avait donné Jésus-Christ d’attendre l’Esprit Saint qu’il devait leur envoyer lorsqu’il serait retourné à son Père, revinrent à Jérusalem & s’enfermèrent dans le cénacle jusqu’au jour de la descente du Saint-Esprit.

D. Pour quelles raisons Jésus-Christ est-il monté au ciel ?
R. Pour y prendre possession de la gloire qu’il avait mérité par ses souffrances.
Explication. Jésus-Christ, dit l’Apôtre, ne pouvait monter au ciel que par les souffrances ; le Sauveur l’avait dit lui-même aux disciples auxquels il apparut sur le chemin d’Emmaüs : leçon admirable, qui nous apprend le chemin qui doit nous y conduire nous-mêmes, puisque nous ne pouvons être sauvés qu’autant que nous serons trouvés conformes à Jésus-Christ.

D. Quelle est la seconde raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour ouvrir la porte du ciel aux hommes qui ne pouvaient y entrer qu’après lui.
Explication. Tous les Justes depuis la création du monde étaient renfermés dans les limbes, en attendant que le premier né de toutes les créatures leur ouvrît le ciel, l’objet de tous leurs désirs. Leur captivité finit enfin par l’Ascension du Sauveur, qui fut accompagné dans son triomphe de tous ceux qui jusqu’alors étaient morts dans la grâce.

D. Quelle est la troisième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour envoyer son Esprit-Saint aux Apôtres & à l’Eglise.
Explication. L’Esprit Saint ne pouvait descendre sur les Apôtres tant que le Sauveur demeurait sur la terre : voilà pourquoi, leur disait ce bon Maître, il faut que je retourne vers celui qui m’a envoyé : alors je ferai descendre sur vous l’Esprit Saint, qui vous enseignera toute vérité.

D. Quelle est la quatrième raison pour laquelle Jésus-Christ est monté au ciel ?
R. Pour y être notre médiateur & notre avocat auprès de son Père.
Explication. Le Sauveur assis à la droite de son Père y fait pour nous la fonction de médiateur, d’avocat, d’intercesseur, afin que si quelqu’un pèche, il puisse avoir recours à ce protecteur puissant qui prie sans cesse son Père pour nous. Quel sujet de confiance que les prières d’un Dieu !

D. Quel est l’esprit de l’Eglise en cette fête ?
R. C’est d’honorer le triomphe de Jésus-Christ montant au ciel.

D. Que devons-nous faire pour sanctifier cette fête ?
R. Nous devons nous occuper du ciel & prendre la résolution de travailler pendant toute notre vie à mériter la place que le Sauveur est allé nous y préparer.

D. Que faut-il faire encore jusqu’à la Pentecôte ?
R. Il nous faut demander chaque jour au Sauveur de nous envoyer le Saint-Esprit.

D. Comment ferez-vous cette prière ?
R. Mon divin Sauveur, faites descendre sur moi l’Esprit Saint, & qu’il m’embrase du feu de son amour.

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Programme du dimanche de Pâques

La sainte & lumineuse résurrection du ChristParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le samedi 30 avril 2016 du calendrier grégorien – 17 avril 2016 du calendrier julien, office nocturne à 21h30 – matines de Pâques à 22h, suivies de l’heure pascale & de la divine liturgie de Pâques de saint Jean Chrysostome.

Au cours du bref office de la nuit – qui garde encore le caractère triste de la Semaine Sainte -, l’Epitaphios (Плащаница – ou suaire : représentation du Christ au tombeau) est enlevé avec discrétion (nul n’a vu ni su le moment exact de la résurrection) par le clergé, tandis que le chœur chante la 9ème ode du canon du samedi saint :

Ne me pleure pas, O Mère, bien que tu ais vu gisant dans le tombeau, * le Fils que tu avais conçu sans semence, * car je ressusciterai et serai glorifié * et dans ma gloire divine ** j’exalterai pour l’Eternité ceux qui t’aiment et chantent ta gloire.

Ensuite commence véritablement la fête de la Résurrection par la procession pascale du clergé & des fidèles qui font le tour de l’église. Cette procession figure la venue des myrrophores et des disciples au tombeau, y recevant la joyeuse annonce de la résurrection (elle existait aussi dans les rits occidentaux, mais les réformes du XXème siècle ont tendu à la supprimer – seul le rit dominicain la conserve dans sa splendeur primitive). Le clergé & le peuple entrent ensuite dans l’église inondée de lumière et démarrent les joyeuses matines de la résurrection, au cours desquelles est chanté le canon pascal composé par saint Jean Damascène, sommet de la poésie liturgique byzantine. Voici les hirmi de ce célèbre canon :

Première ode : Jour de la Résurrection ! peuples rayonnons de joie ! Pâque du Seigneur ! Pâque ! de la mort à la vie & de la terre au ciel, le Christ-Dieu nous a conduits, chantant l’hymne de la victoire.

Troisième ode : Venez, buvons le breuvage nouveau, non pas la source qu’un miracle fit jaillir du rocher stérile, mais le Christ, la source incorruptible qui jaillit du tombeau, en qui nous avons la puissance.

Quatrième ode : En cette divine veillée, que le héraut de Dieu, Habacuc se tienne au milieu de nous, et qu’il nous montre l’ange de lumière disant d’une voix claire : C’est aujourd’hui le salut du monde car le Christ est ressuscité, comme Tout-Puissant.

Cinquième ode : Veillons jusqu’à la pointe du matin et en guise d’onguents, offrons une hymne au Seigneur, & nous verrons le Christ, Soleil de justice, se lever pour donner à tous la vie.

Sixième ode : Tu es descendu jusqu’aux tréfonds de la terre, et tu as brisé les verrous éternels qui en retenaient les captifs, ô Christ, & le troisième jour, comme Jonas de la baleine, tu es sorti du tombeau.

Septième ode : Celui qui libéra les enfants de la fournaise, devenu homme, souffrit comme mortel ; & par sa passion il revêt ce qui était mortel de la splendeur de l’incorruptibilité ; lui, le seul béni, le Dieu de nos pères & le très glorieux.

Huitième ode : Voici le jour illustre & saint, roi & seigneur des dimanches, fête des fêtes & solennité des solennités, en qui nous bénissons le Christ dans tous les siècles.

Neuvième ode : Resplendis, resplendis, Nouvelle Jérusalem, car la gloire du Seigneur sur toi s’est levée, danse maintenant & exulte, Sion ; et toi, réjouis-toi, Mère de Dieu très pure, en la résurrection de ton Fils.

A l’issue des matines, le clergé et les fidèles se donnent le baiser de paix pascal & l’homélie pascale de saint Jean Chrysostome est lue.

Puis vient l’Heure pascale qui remplace les petites heures durant la Semaine lumineuse, & qui – à leur inverse – est totalement chantée. Suit ensuite la divine liturgie du jour de Pâques. Notons que le prokimen byzantin de ce jour glorieux est le même que le graduel du rit romain ou encore de leur équivalent dans la liturgie éthiopienne, ce qui semble dénoter une très haute antiquité pour le répons qui accompagne l’épître du jour de Pâques  :

Voici le jour que fit le Seigneur, exultons & réjouissons-nous en lui ! (Psaume 117, 4)

Ego sum Alpha & Omega – grande antienne parisienne pour le temps pascal

Ego Sum AlphaEt Omega

Je suis, moi, * l’Alpha & l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement & la fin, celui qui est avant le début du monde, et dans les siècles des siècles, je vis à jamais. Je suis mort & fut enseveli, je suis ressuscité, je suis avec vous ; voyez, car c’est bien moi, et il n’y a d’autre Dieu que moi, * alléluia.
V/. Je suis, moi, votre rédemption, je suis, moi, votre Roi, je vous ressusciterai, moi, au dernier jour, * alléluia.

Voici une très belle composition française du premier millénaire qui décrit le Christ comme l’Alpha & l’Oméga, le commencement & la fin de toutes choses. Le texte de cette grande antienne est inspiré de celui de l’Apocalypse :

  • Apocalypse I, 8 : Εγώ ειμι το Αλφα και το Ωμεγα, λέγει κύριος ο θεός, ο ων και ο ην και ο ερχόμενος, ο παντοκράτωρ – Ego sum Alpha et Omega, principium et finis, dicit Dominus Deus, qui est et qui erat et qui venturus est Omnipotens – Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui doit venir, le Tout-Puissant.
  • Apocalypse XXI, 6 : Il me dit encore : Tout est accompli. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin. Je donnerai gratuitement à boire de la source d’eau vive à celui qui aura soif.
  • Apocalypse XXII, 13 : Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin.

Cette image pour décrire le Tout-Puissant est déjà présente dans le livre d’Isaïe :

  • Isaïe XLIV, 6 : Voici ce que dit le Seigneur, le Roi d’Israël, et son Rédempteur, le Seigneur des années : Je suis le premier, et je suis le dernier, et il n’y a point de Dieu que moi.

Cette grande antienne est tirée des Offices propres du diocèse de Paris approuvés par ordre de Son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris, publiés en 1923, qui la conseille aux Saluts du Très-Saint Sacrement durant le Temps pascal. Le même propre diocésain la suggère également parmi les nombreuses pièces ad libitum qu’il propose pour les fastueuses vêpres stationnales du jour de Pâques, où elle avait en effet originellement sa place dans les manuscrits médiévaux français : cette belle antienne processionnelle à verset se chantait tandis que le clergé, après avoir encensé les fonts baptismaux, se remettait en route pour aller vers la Croix de la poutre de gloire ou du jubé. Le texte médiéval initial donnait Ego sum Alpha & O, l’O fut précisé en Oméga par les éditions modernes.

A titre de comparaison voici cette antienne Ego sum Alpha et O des vêpres stationnales de Pâques dans l’antiphonaire de chœur de Notre-Dame de Paris, manuscrit de la fin du XIIIème siècle :

Ego-sum-Alpha-et-O-antiphonaire-de-Notre-Dame-de-Paris

Il n’est pas impossible que cette antienne puisse remonter à l’antique liturgie des Gaules, supprimée par Pépin le Bref et Charlemagne. On sait en effet que la première liturgie de notre pays recourrait de façon très importante au livre de l’Apocalypse de saint Jean pour ses textes et ses chants. Lors de la suppression de l’ancien rit des Gaules, plusieurs pièces de l’ancienne liturgie (comme le Venite, populi qui se chantait le jour de Pâques & à perduré jusqu’au XXème siècle dans quelques diocèses français) ont pu subsister en étant réadaptées. Ce fut peut être le cas pour cette antienne comme pour les autres pièces principales des vêpres stationnales de Pâques (Christus resurgens ex mortuis et Stetit Angelus), cérémonie papale adaptée en France au VIIIème siècle où on la dota de nouveaux chants que Rome ne connaissait pas.

Programme du IVème dimanche après Pâques – Cantate Domino

Saint-Eugène, le dimanche 24 avril 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

Comme dimanche dernier, l’évangile de ce dimanche nous prépare au départ prochain du Christ à l’Ascension & à la venue du Paraclet de vérité à la Pentecôte. L’évangile est tiré de l’évangile de Jean, comme régulièrement durant le Temps Pascal ; la lecture de l’évangile de Jean pendant le Temps Pascal doit remonter à la plus haute antiquité, car c’est une constante que l’on retrouve dans les différents rits tant Orientaux qu’Occidentaux. Comme dimanche dernier, l’évangile de ce dimanche est extrait du dernier discours du Christ pendant la Cène (Jean 16, 5-14).

« Que veulent donc dire ces paroles : « Mais je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous », si ce n’est que les prédictions qu’il leur fait ici du Saint-Esprit, à savoir qu’il viendrait à eux et rendrait témoignage au moment où ils auraient à souffrir les maux qu’il leur annonçait, il ne les leur avait pas faites dès le commencement, parce qu’il était avec eux ? Ce consolateur ou cet avocat (car le mot grec Paraclet veut dire l’un et l’autre) n’était donc nécessaire qu’après le départ du Christ ; il ne leur en avait point parlé dès le commencement lorsqu’il était avec eux, parce qu’il les consolait lui-même par sa présence. »
Homélie de saint Augustin, évêque, IXème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

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IIndes vêpres du quatrième dimanche après Pâques. Au salut du Très-Saint Sacrement :

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Programme du dimanche des Rameaux – Entrée du Seigneur à Jérusalem

Paroisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 24 avril 2016 du calendrier grégorien – 11 avril 2016 du calendrier julien, matines puis divine liturgie de saint Jean Chrysostome à 9h.

Le dimanche des Rameaux – ou l’Entrée du Seigneur à Jérusalem, selon la terminologie des livres liturgiques byzantins – est une fête du Seigneur, l’une des 12 grandes fêtes de l’année liturgique byzantine. Sa célébration supprime donc l’office habituel du dimanche dans l’Octoèque. En raison du caractère festif de ce jour, c’est l’un des très rares jours où l’usage du poisson est autorisé au cours du Carême byzantin.

La bénédiction des rameaux se fait après l’évangile de matines et la distribution de ceux-ci pendant les stichères du psaume 50 et le canon de la fête.

Evangile de matines
De la fête : Matthieu (§ 83), XXI, 1-11, 15-17.
Une grande multitude de peuple étendit aussi ses vêtements le long du chemin ; les autres coupaient des branches d’arbres, et les jetaient par où il passait.

Aux heures
A tierce & à sexte : 1er tropaire de la fête. Gloire au Père. 2nd tropaire de la fête. Et maintenant. Theotokion de l’heure. Kondakion : de la fête.

A LA DIVINE LITURGIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME

Première antienne, Psaume 114, ton 2
J’ai aimé, car le Seigneur entend la voix de ma prière.
R/. Par les prières de la Mère de Dieu, Sauveur, sauve-nous.
Car il a incliné vers moi son oreille, et je l’invoquerai tous les jours de ma vie.
Les douleurs de la mort m’ont environné et les périls de l’enfer sont venus sur moi.
J’ai trouvé la tribulation et la douleur et j’ai invoqué le Nom du Seigneur.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Seconde antienne, Psaume 115, ton 2
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ; et je me suis profondément humilié.
R/. Sauve-nous, ô Fils de Dieu, qui trônes sur un ânon, nous qui te chantons : Alléluia !
Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné ?
Je prendrai le calice du salut et j’invoquerai le Nom du Seigneur.
J’acquitterai mes vœux au Seigneur, devant tout son peuple.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Troisième antienne, Psaume 117, ton 1
Confessez le Seigneur car il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Tropaire, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
Que la maison d’Israël le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que la maison d’Aaron le dise : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.
Que tous ceux qui craignent le Seigneur le disent : il est bon, car éternelle est sa miséricorde.

A la petite entrée :
1. Isodikon de la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Soyez béni de la maison du Seigneur, le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu.
2. Tropaire de la fête, ton 1 : Avant ta Passion * tu t’es fait le garant de notre commune résurrection, * en ressuscitant Lazare d’entre les morts, ô Christ Dieu. * C’est pourquoi nous aussi comme les enfants portant les symboles de la victoire, * nous te chantons, à toi le vainqueur de la mort : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Autre tropaire de la fête, ton 4 : Ensevelis avec toi par le baptême, ô Christ notre Dieu, * nous avons été rendus dignes de la vie immortelle par ta résurrection * et nous te clamons cette louange : * « Hosanna au plus haut des cieux, ** béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ».
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion de la fête, ton 6 : Porté sur un trône dans le ciel et par un ânon sur la terre, ô Christ Dieu, * tu as reçu la louange des anges * et le chant des enfants qui Te clament : ** Béni sois-tu, Toi qui viens rappeler Adam.

Prokimen
De la fête, ton 4 :
R/. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! * Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27).
V/. Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour. (Psaume 117, 1).

Epître
De la fête : Philippiens (§ 247) IV, 4-9.
Réjouissez-vous dans le Seigneur, je vous le répète, réjouissez-vous dans le Seigneur.

Alleluia
De la fête, ton 1 :
V/. Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car le Seigneur a fait des merveilles. (Psaume 97, 1)
V/. Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu. (Psaume 97, 3)

Evangile
De la fête : Jean (§ 41), XII, 1-18.
Une grande multitude de Juifs ayant su qu’il était là, y vinrent, non-seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts.

Mégalinaire à la Mère de Dieu durant l’anaphore :
Le Seigneur est Dieu et il nous est apparu. Convoquez une fête et venez vous réjouir, faisons au Christ un triomphe de nos palmes, de nos branches et de nos chants, l’acclamant : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur, notre Sauveur ! »

Verset de communion
De la fête : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est Dieu & il nous est apparu. (Psaume 117, 26-27) Alleluia, alleluia, alleluia.

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Programme du IIIème dimanche après Pâques – Jubilate Deo

Troisième dimanche après PâquesSaint-Eugène, le dimanche 17 avril 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

Le troisième dimanche après Pâques est aussi appelé dimanche de Jubilate, en raison du premier mot de l’introït de la messe.

L’évangile de la messe de ce jour est tiré du dernier discours du Christ à la Cène dans l’évangile de Jean (16, 16-22) : « Un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et puis un peu encore, et vous me verrez, car je vais au Père. » Aussi ce dimanche constitue-t-il un point de bascule au milieu du temps pascal : après avoir célébré la résurrection et la vie nouvelle offerte par le baptême & l’eucharistie, voici que la perspective que nous offre la sainte liturgie change et nous prépare au départ du Seigneur vers son Père et à l’envoi de l’Esprit, aux fêtes prochaines de l’Ascension & de la Pentecôte.

« Ce peu de temps nous paraît long, parce qu’il dure encore ; mais lorsqu’il sera fini, nous comprendrons combien il était court. Que notre joie ne ressemble donc pas à celle du monde, dont il est dit : « Mais le monde se réjouira » ; et néanmoins, pendant l’enfantement du désir de l’éternité, que notre tristesse ne soit pas sans joie ; montrons-nous, comme dit l’Apôtre : « Joyeux par l’espérance, patients dans la tribulation ». En effet, la femme qui enfante, et à laquelle nous avons été comparés, éprouve plus de joie à mettre au monde un enfant, qu’elle ne ressent de tristesse à souffrir sa douleur présente. Mais finissons ici ce discours, car les paroles qui suivent présentent une question très épineuse ; il ne faut pas les circonscrire dans le court espace de temps qui nous reste, afin de pouvoir les expliquer plus à loisir, s’il plaît au Seigneur. »
Homélie de saint Augustin, évêque, IXème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

IIndes vêpres du troisième dimanche après Pâques. Au salut du Très-Saint Sacrement :

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La Résurrection du Christ

Programme du Vème dimanche de Carême – Sainte Marie l’Egyptienne – ton 5

Sainte Marie l'EgyptienneParoisse catholique russe de la Très-Sainte Trinité, le dimanche 17 avril 2016 du calendrier grégorien – 4 avril 2016 du calendrier julien, divine liturgie de saint Basile le Grand de 9h15.

Dimanche du ton V de l’Octoèque. En ce jour, Vème dimanche de Carême, le rit byzantin fait mémoire de sainte Marie l’Egyptienne, modèle de la pénitence.

Marie est née en Égypte dans les premiers siècles de la chrétienté, et vécut à Alexandrie où elle arriva alors qu’elle avait 12 ans. Elle vivait dans la luxure, se prostituant dans tous les lieux de débauche de la ville. Un jour, alors qu’elle allait avoir 29 ans, elle rencontra des pèlerins qui partaient pour Jérusalem sur un bateau. Elle décida de les suivre en payant son passage de ses charmes. Ils arrivèrent tous devant la Basilique de la Résurrection, le jour de l’Exaltation de la Sainte Croix. Tous y entrèrent pour faire leurs dévotions. Mais Marie ne put en franchir le seuil, une force invisible la repoussait chaque fois qu’elle voulait entrer dans le Saint-Sépulchre. Désespérée, elle se tourna alors vers une icône de la Vierge Marie qui gardait la porte et la supplia d’intercéder en sa faveur. Elle put alors enfin entrer dans la basilique, tandis qu’une voix lui disait : « Si tu passes le Jourdain, tu y trouveras le repos ». Elle communia saintement, et partit au-delà du Jourdain, dans le désert. Elle vécut là 47 ans, sans rencontrer âme qui vive, n’ayant pour seule ressource que quelques pains rapportés de Jérusalem, aux prises à de pénibles et intenses tentations.

La communion de sainte Marie l'Egyptienne par saint ZosimeAu bout de cette longue pénitence, elle croise dans le désert l’anachorète saint Zosime qui, après avoir entendu son récit, lui donna la Communion. Marie lui demanda de revenir l’année suivante, au même endroit, afin de lui apporter de nouveau ce sacrement. Saint Zosime revint, et découvrit la sainte couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem. Près d’elle se trouvait un message lui demandant de l’ensevelir à la place où elle était. Mais le sol du désert était trop sec et trop dur, et Zosime ne put creuser la tombe. Un lion s’approcha, le saint lui demanda de l’aide, et tous deux purent creuser une fosse et enterrer Marie.

Funérailles de sainte Marie l'Egyptienne par saint Zosime aidé par un lion du désert

La fête de sainte Marie l’Egyptienne est fixée au 1er avril, mais à partir du XIème siècle, on tint à la commémorer également en ce 5ème dimanche de Carême, afin d’exhorter, par son exemple, les pécheurs à la pénitence.

Il y avait à Paris, jusqu’à la révolution française, une église dédiée à sainte Marie l’Egyptienne (rue de La Jussienne, dont le nom est une déformation de « L’Egyptienne »). La dévotion des parisiens envers cette sainte orientale, sans doute née au moment des Croisades, était grande, aussi le rit parisien contenait-il un office complet de sainte Marie l’Egyptienne. Il reste quelques souvenirs de cette église dont deux magnifiques statues de la sainte déposées à Saint-Germain-L’Auxerrois et une évocation romantique par une fresque de Chasseriau à Saint-Merry.

Aux heures
A tierce : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire du Triode (Vénérable Marie l’Egyptienne). Et maintenant. Theotokion de tierce. Kondakion : du dimanche.
A sexte : Tropaire du dimanche. Gloire au Père. Tropaire du Triode (Vénérable Marie l’Egyptienne). Et maintenant. Theotokion de sexte. Kondakion : du Triode (Vénérable Marie l’Egyptienne).

Divine liturgie de saint Basile le Grand

Tropaires des Béatitudes : huit tropaires du ton dominical occurrent :
1. Le bon Larron sur la croix * eut foi en ta divinité, ô Christ ; * il te confessa d’un cœur sincère en s’écriant : ** De moi, Seigneur, en ton royaume souviens-toi.
2. Sur le bois de la croix * pour nous les hommes tu fis fleurir la vie * et se flétrir la malédiction de l’arbre défendu : ** Sauveur & Créateur, nous te chantons d’un même chœur.
3. Par ta mort, ô Christ, * tu as brisé la force de la mort, * ressuscitant tous les morts depuis Adam, ** qui te chantent comme vrai Dieu & Sauveur du genre humain.
4. Venues à ton sépulchre, Sauveur, * les saintes Femmes te cherchaient * pour embaumer la Source de vie, ** mais un Ange leur apparut pour leur dire : Il est ressuscité, le Seigneur  !
5. O Christ, lorsque tu fus crucifié * au milieu de deux larrons, * l’un fut justement condamné pour t’avoir insulté, ** l’autre par sa confession devint l’hôte du Paradis.
6. Devant le chœur des Apôtres, * les saintes Femmes s’écriaient : * Le Christ est vraiment ressuscité, ** adorons en lui notre Maître & Créateur.
7. Unique & indivisible Trinité, Dieu créateur & tout-puissant, * Père, Fils & Saint-Esprit, ** nous te chantons comme Sauveur & vrai Dieu.
8. Réjouis-toi, porte infranchissable & temple vivant du Seigneur, * réjouis-toi, trône de feu non consumé, * réjouis-toi, ô Mère de l’Emmanuel, ** le Christ notre Dieu est avec nous.

A la petite entrée :
1. Tropaire du dimanche, ton 5 : Fidèles, chantons et adorons le Verbe * coéternel au Père et à l’Esprit. * Il est né de la Vierge pour notre salut, * Il a daigné dans sa chair monter sur la Croix et supporter la mort, * afin de ressusciter les morts ** par sa glorieuse Résurrection.
2. Tropaire de la Vénérable Marie l’Egyptienne, ton 8 : En toi, vénérable Mère, la divine image se reflète exactement ; * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix & tu as suivi le Christ ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme, qui vit jusqu’en la mort & par-delà ; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * vénérable Marie, avec les Anges dans le ciel.
3. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit.
4. Kondakion de la Vénérable Marie l’Egyptienne, ton 3 : Celle qui s’adonna au vice & aux passions * par la pénitence devient en ce jour une épouse du Christ, * émule des Anges par son genre de vie, * destructrice des démons par les armes de la Croix ; * c’est pourquoi tu apparus, ô Marie, * comme une épouse glorieuse au royaume des Cieux.
5. Et maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen.
6. Kondakion du dimanche, ton 5 : Des enfers où tu descendis, mon Sauveur, * tu as brisé les portes, Tout-Puissant, * pour ressusciter les morts, ô Créateur ; * et tu brisas l’aiguillon de la mort, * Adam fut délivré de la malédiction ; * et nous, Seigneur, nous te crions : ** sauve-nous, dans ton amour pour les hommes.

Prokimen
Du dimanche, ton 5 :
R/. Toi, Seigneur, tu nous prends en garde, tu nous protèges d’une telle engeance, à jamais (Psaume 11, 8).
V/. Sauve-moi, Seigneur, il n’est plus de saints (Psaume 11, 2).
De la Vénérable Marie l’Egyptienne, ton 4 :
R/. Dieu est admirable dans ses saints, lui le Dieu d’Israël (Psaume 67, 36).

Epîtres
Du cinquième dimanche de Carême : Hébreux (§ 3211) IX, 13–20.
Et il y est entré, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.
De la Vénérable Marie l’Egyptienne : Galates (§ 208) III, 23-29.
Il n’y a plus maintenant ni de Juif, ni de gentil : ni d’esclave, ni de libre ; ni d’homme, ni de femme ; mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ.

Alleluia
Du dimanche, ton 5 :
V/. Ton amour, Seigneur, à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta fidélité (Psaume 88, 2).
V/. Car j’ai dit : l’amour est bâti à jamais, aux cieux tu as fondé ta fidélité (Psaume 88, 3).
[De sainte Marie l’Egyptienne, ad libitum :
V/. J’ai espéré, et je ne me suis point lassé d’attendre le Seigneur, et il m’a regardé : il a exaucé ma prière (Psaume 39, 1).]

Evangiles
Du cinquième dimanche de Carême : Marc (§ 47) X, 32-45.
Mais Jésus leur répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, et être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ?
De la Vénérable Marie l’Egyptienne : Luc (§ 33) VIII, 36-50.
Cette femme se voyant ainsi découverte, s’en vint toute tremblante, se jeta à ses pieds, et déclara devant tout le peuple ce qui l’avait portée à le toucher, et comment elle avait été guérie à l’instant. Et Jésus lui dit : Ma fille, votre foi vous a guérie ; allez en paix.

Mégalinaire de la liturgie de saint Basile le Grand :
En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi, gloire à toi.

Verset de communion
Du dimanche : Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le au plus haut des cieux. (Psaume 148, 1).
De sainte Marie l’Egyptienne : La mémoire du juste sera éternelle (Psaume 111, 6). Alleluia, alleluia, alleluia.

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Sainte Marie l'Egyptienne