Programme de la fête de l’Assomption de la B. V. Marie

L'Assomption de la Vierge par Guillaume CourtoisSaint-Eugène, le dimanche 14 août 2016, premières vêpres de l’Assomption & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30. Le lundi 15 août 2016, grand’messe de 11h. Secondes vêpres de l’Assomption & procession du vœu de Louis XIII, suivies du salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

> Catéchisme sur la fête de l’Assomption

La fête de l’Assomption de la Vierge est sans doute la plus ancienne des fêtes mariales et est universellement célébrée par les Eglises d’Orient & d’Occident. Il est probable que son institution fut faite au début du Vème siècle à Jérusalem (la fête est attestée dans le lectionnaire de 415-417) et de là se soit diffusée partout ailleurs. Dans l’Empire d’Orient, un net décret de l’empereur Maurice (582 † 602) en imposa la célébration. Rome reçut la célébration de la fête sous le pontificat du pape Théodore (642 † 649), qui était d’origine constantinopolitaine (aussi retrouvait-on, avant les réformes de 1951, le même évangile à Rome qu’à Byzance pour la messe de la fête). Vers l’an 700, le Pape d’origine syrienne saint Serge Ier ordonne 4 grandes processions en l’honneur de Marie, aux 4 grandes fêtes mariales de l’Annonciation, de l’Assomption, de la Nativité & de la Purification de la Sainte Vierge. Il convient de citer ici l’oraison composée par saint Serge Ier par laquelle débutait cette procession de l’Assomption, en raison de sa remarquable formulation :

Veneranda nobis, Domine, hujus est diei festivitas, in qua sancta Dei Genetrix mortem subiit temporalem, nec tamen mortis nexibus deprimi potuit, quæ Filium tuum, Dominum nostrum, de se genuit incarnatum.
Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête qui commémore ce jour en lequel la sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, mais néanmoins ne put être retenue par les liens de la mort, elle qui avait engendré de sa substance votre Fils, notre Seigneur incarné.

La magnifique procession romaine qui précédait la messe de l’Assomption disparut hélas du rit romain lors de l’exil à Avignon, du moins dans l’usage de la Curie, duquel est issu le Missel romain actuel. Cependant, la France en conserve un lointain souvenir avec la procession dite du vœu de Louis XIII. En effet, par lettres patentes du 10 février 1638, le pieux roi déclarait consacrer à Marie sa personne, son état, sa couronne, ses sujets et demandait l’instauration à cet effet d’une procession solennelle après les secondes vêpres de l’Assomption. On y chante d’ordinaire les litanies de la Sainte Vierge et le psaume 19 sur le ton royal. Plusieurs indices rendent probable que le fameux ton psalmique néo-gallican appelé « ton royal » (qu’on a longtemps cru être de la composition du roi Louis XIII mais que l’on trouve déjà dans des manuels de procession de la Ligue sous le règne d’Henri III) ait été employé à Notre-Dame de Paris dès la première procession de 1638. Il figure depuis parmi les pièces les plus fameuses & les plus traditionnelles du répertoire de la cathédrale.
Ières vêpres de la fête de l’Assomption avec mémoire du XIIIème dimanche après la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : Adoro te supplex, Vème ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Exaltata est, du IVème ton (antienne de l’Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le premier nocturne l’Assomption & antique psalmodie ornée du psaume XLIV)
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es pastor ovium du Ier ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du IIIème ton
  • Chant d’action de grâces : In voce exultationis, VIème ton (antienne de Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le second nocturne de la Fête-Dieu & psaume CXVI)

A la messe :

  • Procession d’entrée : orgue
  • Propre grégorien du jour
  • Kyriale IV – Cunctipotens Genitor Deus
  • Epître : Judith XIII, 22, 23-25 ; XV, 10 : Bénie soit le Seigneur qui a créé le ciel et la terre, lui qui t’a guidée pour frapper à la tête le chef de nos ennemis.
  • Séquence de l’Assomption, au propre de Paris : Induant justitiam – conformément à la tradition, l’orgue figure les versets impairs
  • Evangile : Luc I, 41-50 : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni.
  • Credo III
  • Pendant les encensements de l’offertoire : Ave Maria – Tomás Luis de Victoria (1540 † 1611), maître de chapelle de l’impératrice Marie
  • A l’élévation : O salutaris géorgien – Sur l’air de « Shen Khar Venakhi » – « Tu es la vigne » – chant géorgien de l’école de Kakhétie – adaptation : Henri de Villiers
  • Pendant la communion : Magnificat du Ier ton de Claudin de Sermisy (1490 – 1562), maître de la chapelle royale
  • Prière pour la France, sur le ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est IV
  • Après le dernier Evangile : Salve Regina
  • Procession de sortie : J’irai la voir un jour – Cantique à Marie du R.P. Janin

IIndes vêpres de la fête de l’Assomption.

  • Procession du vœu de Louis XIII selon le propre de Paris :
    • Litanies de la Sainte Vierge
    • A la station à l’autel de la Sainte Vierge, chant du Sub tuum præsidium
    • Retour au chœur au chant de l’Exaudiat – Psaume 19, sur le ton royal, faux-bourdon traditionnel à Paris depuis le XVIIème siècle
  • Au salut du Très-Saint Sacrement :
    • Motet d’exposition : Adoro te supplex, Vème ton
    • A la Bienheureuse Vierge Marie : Exaltata est, du IVème ton (antienne de l’Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le premier nocturne l’Assomption & antique psalmodie ornée du psaume XLIV)
    • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es pastor ovium du Ier ton
    • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du Vème ton « Moderne »
    • Chant d’action de grâces : In voce exultationis, VIème ton (antienne de Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le second nocturne de la Fête-Dieu & psaume CXVI)

Télécharger le livret des Ières vêpres de l’Assomption & du salut.
Télécharger le livret de la mémoire du XIIIème dimanche après la Pentecôte.
Télécharger le livret de cette messe au format PDF.
Télécharger le livret des IIndes vêpres de l’Assomption, de la Procession du vœu de Louis XIII & du salut.

Iconographie, avec les 9 leçons des nocturnes du bréviaire traditionnel de cette fête, sur notre page Facebook

Proclamation du dogme de l’Assomption le 1er novembre 1950

La Dormition (la mort paisible, tel un sommeil) et l’Assomption (la non corruption du corps et sa montée au ciel) de la Sainte Vierge sont unanimement célébrées dès l’époque patristique dans toutes les Eglises d’Orient & d’Occident. L’Église catholique a considéré que les traditions anciennes sur lesquelles ont été établies la célébration liturgique (outre le fait objectif qu’il n’y a jamais eu mention de reliques du corps de la Vierge Marie qu’une église aurait détenu) étaient conforme au dépôt de la Foi.

A partir du XIXème siècle, des pétitions commencent à affluer à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption. De 1854 à 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens ! Chiffre auquel il faut ajouter les pétitions de 1 332 évêques (représentant 80 % des sièges épiscopaux) et 83 000 prêtres, religieux et religieuses. Face à ces demandes répétées, Pie XII, par l’encyclique Deiparae Virginis, publiée en mai 1946, demande à tous les évêques du monde de se prononcer sur la question. La réponse est quasi unanime : 90 % des évêques y sont favorables. La plupart des 10 % restant s’interrogent sur l’opportunité d’une telle déclaration, seulement six évêques émettant des doutes sur le caractère « révélé » de l’Assomption de Marie. A la suite de ces réponse, le Pape décide de proclamer solennellement le dogme de l’Assomption en 1950 au cours de célébrations magnifiques & grandioses, dont voici ci-dessous quelques photographies d’époque.

Notons que la proclamation dogmatique de l’Assomption reste à ce jour le seul & unique cas où l’infaillibilité pontificale, telle que définie au Concile de Vatican I, a été mise en oeuvre ; infaillibilité assise du reste sur la collégialité : tous les évêques du monde s’étaient prononcés sur la question, & la présence de 800 évêques autour du Pape lors de la proclamation ressemble à s’y méprendre à un concile.

D’une tradition enseignée par la liturgie & professée par les Pères & Docteurs des premiers siècles (dès saint Ephrem au IVème siècle), et paisiblement continuée durant l’histoire de l’Eglise, l’Assomption devint donc dès lors un dogme de foi que doivent tenir les catholiques. C’est un avis tout à fait personnel, mais il est possible que l’apparition croissante au cours du XXème siècle de pseudo-théologies contestataires & modernistes, de plus en plus irrespectueuses de la grande Tradition de l’Eglise, ait joué un rôle dans cette prise de décision du vénérable Pie XII, finalement prophétique…

La proclamation dogmatique ne se fit pas – comme on aurait pu s’y attendre – un 15 août mais le 1er novembre de l’Année Sainte 1950, jour de la Toussaint, situant ainsi Marie dans la communion de tous les saints.

Plus discutable fut la refonte des textes liturgiques de la fête du 15 août qui fut alors décidée. On trouvait que ces textes liturgiques, pourtant vénérables (ils avaient traversés les siècles depuis l’institution de la fête de l’Assomption à Rome par le Pape Théodore (642 † 649), d’origine constantinopolitaine), n’exprimaient pas suffisamment le mystère célébré. A dire vrai, c’était surtout l’évangile de la messe qui étonnait les mentalités contemporaines. En effet, on y chantait Luc 10, 38-42, soit le Christ chez Marthe & Marie. Ce passage pourtant était appliqué à la Sainte Vierge dans l’exégèse patristique et est utilisé également dans les rits byzantin & mozarabe pour la fête du 15 août, il s’agissait donc d’un patrimoine vraiment antique. Quant aux nouvelles pièces du chant liturgique qui furent élaborées en place des anciennes, on peut même noter une régression dans l’affirmation du mystère célébré (comparez ainsi l’antique offertoire : « Assumpta est Maria in cœlum : gaudent Angeli, collaudantes benedicunt Dominum, alleluia » avec le moderne composé en 1950 pour prendre sa place : « Inimitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius »).

Avant de laisser la place aux belles images des glorieuses cérémonies de 1950, rappelons que l’Assomption de la Vierge réaffirme « le caractère provisoire de notre mort corporelle qui, en style chrétien, prend le nom de sommeil et de dormition » (R.P. Martin Jugie (1878 † 1954), in « La mort et l’Assomption de la Sainte Vierge », chapitre « Opportunité et avantage de la définition solennelle de la doctrine de l’Assomption »), affirmation non négligeable à notre époque alors que ce développe une civilisation matérialiste qui nie le sens ultime de l’existence humaine.

1er novembre 1950 – Le chœur de Saint-Pierre de Rome durant la messe papale de la proclamation du dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge. Le vénérable Pie XII se tient au fond de l’abside de la basilique Saint-Pierre, juste sous le reliquaire de la Chaire, lequel contient les restes de la chaire utilisée par l’Apôtre saint Pierre lorsqu’il enseignait à Rome.

« Le Ier novembre 1950, à l’exceptionnelle cérémonie, le monde catholique entier était en union de pensée avec ceux qui avaient pu venir. Huit cents évêques étaient autour du Souverain Pontife pendant la Messe Papale, offrant dans l’abside de Saint-Pierre le spectacle d’un concile œcuménique. »

Mgr Pfister, Rome éternelle. Arthaud, 1954.

Les noms des 800 évêques présents lors de la proclamation du dogme de l’Assomption ont été gravés sur des grandes tables de marbres qui sont placées sur les portes d’entrée du narthex de la basilique Saint-Pierre. Les pèlerins peuvent toujours les voir.

« Vision vertigineuse prise du chemin de ronde de la coupole. Les proportions gigantesques, comme l’immensité de la foule sont ici manifestes. »

Mgr Pfister, Rome éternelle.

« En ce matin de l’extraordinaire Toussaint de 1950, aucun mouvement de foule n’était possible durant la cérémonie. L’affluence dépassait le demi-million. La plupart avait préféré assister au rite de la définition du dogme à l’extérieur de la basilique. Ceux qui remplissaient l’intérieur, assistèrent à l’entrée du Saint Père et de son cortège, puis à cette Messe dans ce cadre aussi émouvant que grandiose. C’est l’instant si bouleversant de la Consécration. Tous sont à genoux, les Gardes Nobles et les Suisses font en outre le salut militaire. »

Mgr Pfister, Rome éternelle.

Le Pape proclame la définition dogmatique de l’Assomption :

« Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. »

Cette proclamation est faite selon les critères exprimés au Concile de Vatican I de 1870, à savoir ex cathedra, « c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. » (Saint Concile Vatican I).

Ces vidéos donnent des vues de la cérémonie et de la proclamation dogmatique.

5 novembre 1950. – Le vénérable Pape Pie XII salue S.E. Francis, cardinal Spellman, archevêque de New-York, à l’issue de l’audience spéciale accordée par le Saint Père aux très nombreux membres de la hiérarchie catholique qui ont assisté aux cérémonies solennelles de la proclamation du dogme de l’Assomption.

13 novembre 1950. – Le vénérable Pape Pie XII signe la bulle de la proclamation du dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge dans son bureau privé, au Palais Apostolique.

Parmi les nombreux témoignages & souvenirs commémoratifs de la proclamation dogmatique, voici un timbre émis par la Poste Vaticane pour l’occasion.

Prose parisienne de l’Assomption – Offices notés complets de Paris – 1899

Prose parisienne de l'Assomption

Cette prose est entrée en 1706 au Missel parisien de S.E. le cardinal de Noailles. Elle figure toujours au propre de Paris depuis cette date. De Paris, elle s’est aussi répandue dans de nombreux diocèses de France. Le rythme musical est bien évidemment ternaire ; selon l’usage, les deux dernières strophes devraient être jouées/chantées plus lentement. Comme toute prose (sauf le Dies iræ des morts pour lequel l’orgue est interdit), l’organiste figure le chant des versets impairs en improvisant sur le plain-chant. Notons que la prose parisienne Induant justitiam a inspiré Alexandre Guilmant (Sortie pour la fête de l’Assomption de la Sainte Vierge – Sur la prose : Induant justitiam, Opus 50, n° 4) et Marcel Dupré qui la cite au second verset de son Magnificat des Vêpres de la Vierge (15 Versets pour les Vêpres du Commun des Fêtes de la Sainte Vierge, Opus 18)

Texte & traduction :

INDUANT justítiam,
Prædicent lætítiam
Qui ministrant Númini.
En leurs vêtements sacrés
Qu’ils proclament notre joie
Les ministres du Très-Haut.
It in suam réquiem,
Infert cœlo fáciem
Arca viva Dómini.
Elle va vers son Repos,
Elle tend les yeux vers le ciel,
L’Arche vivante du Seigneur.
CHRISTUM, cum huc vénerat,
Quo mater suscéperat,
Non est venter púrior.
Aucun sein n’était plus pur
Pour qu’une mère y reçût le Christ
Lorsqu’il vint ici-bas.
In quo, dum hinc révocat,
Matrem Christus cóllocat,
Thronus non est célsior.
Aucun trône n’est plus élevé
Pour que le Christ y place sa Mère
Lorsqu’il la rappelle d’ici-bas.
QUÆ te, Christe, génuit,
Quæ lactentem áluit,
Nunc beátam dícimus.
Christ, celle qui t’engendra,
Celle qui te nourrit de son lait,
Nous l’appelons Bienheureuse.
Immo, quod credíderit,
Quod sibi vilúerit,
Hinc beátam nóvimus.
Mais c’est aussi parce qu’elle a cru,
Parce qu’elle s’est abaissée,
Que nous la proclamons Bienheureuse.
O præ muliéribus,
Quin & præ cœlítibus,
Benedicta fília.
Ô fille, tu es bénie
Plus que les femmes de la terre,
Plus même que les saints du ciel.
Hauris unde plénior,
Hoc e fonte crébior
Stillet in nos grátia.
À la source de la grâce,
Plus tu puises pleinement,
Plus en nous elle coule abondamment.
AD eum ut ádeant,
Per te vota tránseant :
Non fas matrem réjici.
Pour aller jusqu’à Dieu,
Que par toi passent nos prières :
Il ne peut repousser sa Mère.
Amet tuam Gálliam,
Regi det justítiam,
Plebi pacem súpplici.
Amen. Alleluia.
Qu’il aime la France ton Royaume,
Qu’il accorde à ses chefs la Justice,
Et la paix à son peuple en prière.
Amen. Alleluia.

Le vœu de Louis XIII

Déclaration du Roi par laquelle Sa Majesté déclare
qu’elle a pris la Très Sainte et Glorieuse Vierge
pour protectrice spéciale de son royaume

(10 février 1638)

Le vœu de Louis XIII par Philippe de Champaigne

Louis, par la grâce de Dieu,
roi de France et de Navarre,
A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l’esprit qu’il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre état, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d’effets merveilleux de sa bonté, que d’accidents qui nous pouvaient perdre.

Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d’en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l’on vit en même temps la naissance et la fin de ces pemicieux desseins. En divers autres temps, l’artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice.

La rebellion de l’hérésie ayant aussi formé un parti dans l’Etat, qui n’avait d’autre but que de partager notre autorité, il s’est servi de nous pour en abattre l’orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu’à la vue de toute l’Europe, contre l’espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs états dont ils avaient été dépouillés.

Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

Tant de grâces si évidentes font que pour n’en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son fils rabaissé jusqu’à nous, et à ce fils par sa mère élevée jusqu’a lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte-Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n’étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c’est chose bien raisonnable qu’ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et de défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre du fléau de la guerre ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la posterité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de la cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne dans ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix , et où nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite église à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s’observe aux processions générales les plus solennelles ; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourg, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néamnoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse ; entendant qu’à la dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux offciers de la ville y soient présents ; et d’autant qu’il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites églises pour y être fait la dite cérémonie et d’y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d’amonester tous nos peuples d’avoir une dévotion particulière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse largement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre bon plaisir. Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente-huit, et de notre règne le vingt-huit.

Signé : LOUIS

Catéchisme sur l’Assomption

L'Assomption par Nicolas Poussin

Demande. Quelle fête célébrons-nous le 15 août prochain ?
Réponse. Nous célébrons la fête de l’Assomption.

D. Qu’est-ce que l’Eglise honore le jour de l’Assomption ?
R. L’Eglise honore la mort précieuse de la sainte Vierge, & son entrée glorieuse dans le ciel.

D. Comment la Vierge est-elle morte ?
R. La sainte Vierge est morte mue par la force de son amour pour Dieu.
Explication. On ne sait ni le temps précis, ni les circonstances de la mort de la très-sainte Vierge. Suivant une tradition ancienne, on croit que la Mère de Dieu mourut à Ephèse où elle s’était retirée avec saint Jean. Les Ephésiens se glorifiaient d’avoir son tombeau dans leur ville ; d’autres assurent qu’il était dans la vallée de Josaphat. Au reste la sainte Vierge mourut sans crainte, ne soupirant qu’après le bonheur d’être réunie à son divin Fils. Sa mort fut le dernier acte & en même temps le précieux effet de l’amour sacré qui embrassait son cœur.

D. La sainte Vierge est-elle montée en corps & en âme dans le ciel après sa mort ?
R. C’est la foi de l’Eglise que la sainte Vierge est en corps & en âme dans le ciel, de même que le patriarche Enoch & le saint prophète Elie, & qu’elle y est placée au-dessus des anges & des saints.
Explication. Voyez les témoignages de l’antiquité dans Tillemont, Histoire ecclésiastique, tome I, Baronius dans ses notes sur le Martyrologe romain, Joly sur ceux d’Usuard, &c.

D. Pourquoi Dieu a-t-il élevé la sainte Vierge à un si haut degré de gloire ?
R. A cause de son éminente dignité de Mère de Dieu & de sa sainteté parfaite.
Explication. C’est en ce jour de triomphe que Marie est reçue dans le ciel comme la fille bien-aimée du Père Eternel, comme la Mère auguste du Verbe incarné, comme l’épouse toute pure du Saint Esprit. Elle est déclarée Reine du ciel & de la terre ; tous ces prodiges sont une suite de sa qualité de Mère de Dieu, & la récompense de ses admirables vertus.

D. Que faut-il faire en ce jour pour entrer dans l’esprit de l’Eglise ?
R. Il faut remercier Dieu des grandes faveurs qu’il a accordées à la très-sainte Vierge.
Explication. Ces faveurs, ces grâces nous regardent nous-mêmes, & Dieu nous a eu en vue en les accordant à Marie. Ce doit être pour nous un grand sujet de confiance & de joie que la gloire immense à laquelle la Mère de Dieu est élevée dans le ciel.

D. Que faut-il faire encore en ce jour ?
R. Il faut implorer la protection de la sainte Vierge, & lui promettre de la servir & de l’imiter.

D. Pourquoi fait-on une procession solennelle à vêpres le jour de l’Assomption ?
R. Pour satisfaire aux vœux de Louis XIII, qui a mis la Famille royale & la France sous la protection de la sainte Vierge.
Explication. Ce fut en 1638 que Louis XIII se voyant sans enfant, & craignant des troubles dans le Royaume s’il n’avait point d’héritier, fit ce vœu & consacra sa personne, sa famille, son état, sa couronne & ses sujets à la Mère de Dieu. Il fit en conséquence construire le grand autel de l’Eglise de Notre-Dame de Paris ; il ordonna que chaque année dans tout le Royaume on ferait à vêpres une procession solennelle en mémoire de cette consécration & pour la renouveler. Il enjoint aux archevêques & évêques de son Royaume d’avertir ses sujets d’avoir une dévotion particulière à la sainte Vierge, & d’implorer sa protection sur la France.

D. Que faut-il faire pendant la procession ?
R. Il faut prier Dieu pour le roi, pour la Famille royale & pour tout le Royaume.
Explication. C’est une étroite obligation de prier pour les princes ; mais nous n’avons pas besoin de ce motif en France pour nous engager à prier pour nos rois ; nous le trouvons dans notre amour pour eux. Les papes ont accordé des indulgences à tous ceux qui font des prières pour les rois de France, protecteurs de l’Eglise : nouveau motif pour nous de remplir ce devoir. J’ai rapporté ces indulgences & la déclaration de Louis XIII dans le Code de la Religion. Voyez le titre de la dévotion à Marie, tome I.
Prions encore spécialement pour la conservation du précieux dépôt de la Foi en France. Il semble qu’il y ait dans le Royaume très-chrétien une conspiration formée d’anéantir la Religion chrétienne. Mais que peut-elle craindre tant que l’auguste & religieux sang des BOURBON tiendra les rênes de son Empire ?

Abbé Meusy, Cathéchisme des Fêtes, Besançon, 1774

Anonyme, Magnificat sur le ton royal

Anonyme, tradition de Notre-Dame de Paris.
4 voix mixtes (SATB).
3 pages – Sol Majeur.

On a longtemps pensé que le ton royal était dû au roi Louis XIII, dont on savait les talents de musicien & de compositeur (Louis XIII est mort entouré de ses musiciens qui chantaient les psaumes en motets qu’il avait écrit). J’ai pourtant retrouvé ce ton de psalmodie, que la tradition appelle « ton royal », dans un petit manuel de processions de la Ligue du temps d’Henri III. Il est donc plus ancien à Paris que les tons dits « oratoriens » desquels il se rapproche (avec le changement de corde de récitation à l’hémistiche). Il est possible en tout cas que ce ton fut employé lors de la première procession du vœu de Louis XIII, un manuel de jésuites postérieur de quelques années appelle ce ton « les grâces du Roi ».

Le ton royal correspond assez bien au VIème ton du plain-chant ordinaire. Nous le donnons ici avec le fameux faux-bourdon traditionnel de Notre-Dame de Paris (transcrit tant pour les notes que pour le rythme qui conserve les anciennes habitudes de déclamations accentuées des psaumes latins).

Vous pouvez écouter un enregistrement de cette partition sur Radio Cécile.

Les premières mesures de cette partition :
Magnificat sur le ton royal

Téléchargez la partition en la payant avec un « Like » sur les réseaux sociaux, en cliquant sur l’un des 4 boutons ci-dessous. Le lien vers la partition apparaîtra ensuite.

Litanies patriarchines à la Vierge Marie, selon l’usage de Saint-Marc de Venise

Titre Litanies Patriarchines
Antienne pénitentielle Exaudi nos en plain-chant patriarchin
Litanies patriarchines

Textus litaniæ patriarchinæ

Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.
Christe audi nos. Christe exaudi nos.
Pater de cœ-lis De-us, miserére nobis.
Fili Redemptor mun-di De-us, miserére nobis.
Spíritus Sanc-te De-us, miserére nobis.
Qui es Trinus, & u-nus De-us, miserére nobis.

Sancta María Mater Chris-ti sanc-tis-sima, ora pro nobis.
Sancta María Vir-go vír-ginum, ora pro nobis.
Sancta María Dei Géni-trix & Vir-go, ora pro nobis.
Sancta María Vir-go per-tua, ora pro nobis.
Sancta María grátia De-i ple-na, ora pro nobis.
Sancta María ætérni Re-gis -lia, ora pro nobis.
Sancta María Mater Chris-ti et Spon-sa, ora pro nobis.
Sancta María Templum Spí-ri-tus Sanc-ti, ora pro nobis.
Sancta María Cœló-rum Re-na, ora pro nobis.
Sancta María Ange-ló-rum -mina, ora pro nobis.
Sancta María Scala Cœ-li rectís-sima, ora pro nobis.
Sancta María felix Porta Pa-ra-si, ora pro nobis.
Sancta María nostra Ma-ter & -mina, ora pro nobis.
Sancta María Spes ve-ra Fi-lium, ora pro nobis.
Sancta María Mater Mi-se-ricór-diæ, ora pro nobis.
Sancta María Mater æ-tér-ni Prín-cipis, ora pro nobis.
Sancta María Mater ve-ri con-lii, ora pro nobis.
Sancta María Mater ve-ræ -dei, ora pro nobis.
Sancta María Virtus Divínæ Incar-na-tió-nis, ora pro nobis.
Sancta María Consílium cœ-lés-tis ár-cani, ora pro nobis.
Sancta María Thesáu-rus Fi-lium, ora pro nobis.
Sancta María nostra Sa-lus ve-ra, ora pro nobis.
Sancta María Mater ve-ri gáu-dii, ora pro nobis.
Sancta María Stella cœ-li clarís-sima, ora pro nobis.
Sancta María cœléstis Pátriæ de-si-rium, ora pro nobis.
Sancta María omni honó-re dignís-sima, ora pro nobis.
Sancta María cœléstis vi-tæ -nua, ora pro nobis.
Sancta María pulchritúdo An-ge-rum, ora pro nobis.
Sancta María flos Pa-tri-archá-rum, ora pro nobis.
Sancta María desidérium Pro-phe-rum, ora pro nobis.
Sancta María thesáurus A-pos-to-rum, ora pro nobis.
Sancta Marí-a laus Már-tyrum, ora pro nobis.
Sancta María glorificátio Sa-cer--tum, ora pro nobis.
Sancta María Casti-tá-tis é-xemplum, ora pro nobis.
Sancta María Archangeló-rum læ-tia, ora pro nobis.
Sancta María ómnium Sanctórum ex-ul-tio, ora pro nobis.
Sancta María mæstórum con-so-tio, ora pro nobis.
Sancta María miseró-rum re-gium, ora pro nobis.
Sancta María ómnium fons a-ro-tum, ora pro nobis.
Sancta María glória óm-ni-um Vír-ginum, ora pro nobis.
Sancta María Stella ma-ris firmís-sima, ora pro nobis.

Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.

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Sources :

  • Supplicationes ad sanctissimam Virginem Mariam tempore belli, secundum consuetudinem Ducalis basilicæ S. Marci Venetiarum, Venise 1695.
  • Dichlich, Dizionario sacro liturgico, Venise 1824. Vol. III, pp. 11-12.
  • Mario Dal Tin, Melodie tradizionali Patriarchine di Venezia, Padoue 1993, pp. 135-151.

Le chant – ci dessus solennel (il existe un second ton férial) – de ces litanies patriarchines de la Vierge était traditionnel à Venise. Ses 41 invocations – qui se rencontrent dans un texte imprimé en 1695 pour l’usage de la basilique Saint-Marc – sont de fait les héritières de versions beaucoup plus longues que l’on trouve dans des manuscrits médiévaux en usage au XIIIème siècle dans le ressort du patriarcat d’Aquilée / Grado, et qui pouvaient aller jusqu’à 92 invocations à la Vierge.

Il n’est pas impossible du reste que les toutes premières litanies adressées à la Vierge soient nées dans le patriarcat d’Aquilée, & leur lyrisme pourrait bien avoir emprunté certains traits de la poésie liturgique byzantine, la Vénitie ayant toujours gardé d’étroits contacts avec le monde grec. De là, ces litanies de la Vierge se diffusèrent-elles sans doute en Italie, et c’est une version plus concise – non seulement quant à la longueur mais aussi quant à l’expression poétique – qui finit par être usage au XVème siècle à Lorette et par là passer dans les livres liturgiques romains au siècle suivant sous le nom de Litanies de Lorette.

Notons enfin qu’à Venise ces litanies sont toujours précédées, même semble-t-il lorsqu’elles sont chantées hors temps de guerre, de l’antienne pénitentielle Exaudi nos (du mercredi des Cendres, sur un plain-chant substantiellement simplifié, comme on en rencontrait assez souvent dans les chants imprimés patriarchins au XVIème siècle).

Traduction française des litanies patriarchines à la Vierge Marie :

Ant. Exaucez-nous, Seigneur, car vous êtes bon et miséricordieux ; selon la multitude de vos miséricordes, jetez les yeux sur nous. Ps. Sauvez-moi mon Dieu, car les eaux submergent mon âme. V/. Gloire au Père, & au Fils, & au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, & maintenant, & toujours, & dans les siècles des siècles. Amen. Ant. Exaucez-nous, Seigneur, car vous êtes bon et miséricordieux ; selon la multitude de vos miséricordes, jetez les yeux sur nous. (Psaume LXVIII, 17 & 2)

Seigneur, ayez pitié. Christ, ayez pitié. Seigneur, ayez pitié.
Christ, écoutez-nous. Christ, exaucez-nous.
Père du ciel Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint Dieu, ayez pitié de nous.
Vous qui êtes Trine et Un Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie Mère du Christ très sainte, priez pour nous.
Sainte Marie Vierge des Vierges, priez pour nous.
Sainte Marie Mère de Dieu & Vierge, priez pour nous.
Sainte Marie Vierge perpétuelle, priez pour nous.
Sainte Marie pleine de la grâce de Dieu, priez pour nous.
Sainte Marie Fille du Roi éternel, priez pour nous.
Sainte Marie Mère du Christ et Epouse, priez pour nous.
Sainte Marie Temple du Saint-Esprit, priez pour nous.
Sainte Marie Reine des Cieux, priez pour nous.
Sainte Marie Maîtresse des Anges, priez pour nous.
Sainte Marie Echelle du Ciel très droite, priez pour nous.
Sainte Marie heureuse Porte du Paradis, priez pour nous.
Sainte Marie notre Mère & Dame, priez pour nous.
Sainte Marie Espérance véritable des fidèles, priez pour nous.
Sainte Marie Mère de Miséricorde, priez pour nous.
Sainte Marie Mère du Prince éternel, priez pour nous.
Sainte Marie Mère du vrai conseil, priez pour nous.
Sainte Marie Mère de la vraie foi, priez pour nous.
Sainte Marie Force de l’Incarnation divine, priez pour nous.
Sainte Marie Conseil des secrets célestes, priez pour nous.
Sainte Marie Trésor des fidèles, priez pour nous.
Sainte Marie notre vrai salut, priez pour nous.
Sainte Marie Mère de la divine joie, priez pour nous.
Sainte Marie Etoile très brillante du ciel, priez pour nous.
Sainte Marie désir de la céleste patrie, priez pour nous.
Sainte Marie très digne d’honneur, priez pour nous.
Sainte Marie Porte de la vie céleste, priez pour nous.
Sainte Marie beauté des Anges, priez pour nous.
Sainte Marie fleur des Patriarches, priez pour nous.
Sainte Marie désir des Prophètes, priez pour nous.
Sainte Marie trésor des Apôtres, priez pour nous.
Sainte Marie louange des Martyrs, priez pour nous.
Sainte Marie glorification des Prêtres, priez pour nous.
Sainte Marie exemple de chasteté, priez pour nous.
Sainte Marie joie des Archanges, priez pour nous.
Sainte Marie exultation de tous les Saints, priez pour nous.
Sainte Marie consolation des affligés, priez pour nous.
Sainte Marie refuge des miséreux, priez pour nous.
Sainte Marie source de tous parfums, priez pour nous.
Sainte Marie gloire de toutes les vierges, priez pour nous.
Sainte Marie Etoile très ferme de la mer, priez pour nous.

Seigneur, ayez pitié. Christ, ayez pitié. Seigneur, ayez pitié.

Programme du XIIIème dimanche après la Pentecôte

Saint-Eugène, le dimanche 14 août 2016, grand’messe en rit romain traditionnel de 11h. Premières vêpres de l’Assomption & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

La guérison des 10 lépreux.

On peut donc, sans absurdité, penser que les lépreux représentent ceux qui, sans avoir la science de la vraie foi, professent en conséquence les doctrines variées de l’erreur. Loin de cacher leur ignorance, ils la produisent au grand jour comme la science suprême et dans des discours pleins de jactance, ils en font étalage. Or, il n’est si fausse doctrine qui ne soit mêlée de quelque vérité. Dans une seule et même discussion ou récit d’un homme, les vérités s’entremêlent sans ordre aux erreurs comme si elles apparaissaient dans la coloration d’un seul corps. Ainsi en va-t-il de la lèpre, elle altère et flétrit les corps humains, mêlant aux teintes vraies des fausses couleurs. »
Homélie de saint Augustin, évêque, VIIIème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

A la messe :

Ières vêpres de la fête de l’Assomption avec mémoire du XIIIème dimanche après la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : Adoro te supplex, Vème ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Exaltata est, du IVème ton (antienne de l’Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le premier nocturne l’Assomption & antique psalmodie ornée du psaume XLIV)
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es pastor ovium du Ier ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du IIIème ton
  • Chant d’action de grâces : In voce exultationis, VIème ton (antienne de Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le second nocturne de la Fête-Dieu & psaume CXVI)

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Télécharger le livret des Ières vêpres de l’Assomption & du salut.
Télécharger le livret de la mémoire du XIIIème dimanche après la Pentecôte.

Iconographie & les 3 leçons des nocturnes de ce dimanche, sur notre page Facebook.

Enregistrements : XIIème dimanche après la Pentecôte

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Téléchargez les partitions chantées au cours de cette messe & du salut & présentes dans cet enregistrement :

A la messe :

Les fichiers MP3 sont téléchargeables ici.

Organiste invité : Philippe Ourselin.

Le maitre du Bon Samaritain

Programme du XIIème dimanche après la Pentecôte

Saint-Eugène, le dimanche 7 août 2016, grand’messe en rit romain traditionnel de 11h. Secondes vêpres & salut du Très-Saint Sacrement à 17h30.

Le dimanche du bon Samaritain.

Mais voici qu’un docteur de la loi se leva pour le mettre à l’épreuve, en disant : « Maître, que dois-je faire pour posséder la vie éternelle ? » Il me semble que ce docteur de la loi qui voulait mettre le Seigneur à l’épreuve en le questionnant au sujet de la vie éternelle, a pris occasion pour ce faire des paroles mêmes du Seigneur : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » Mais par sa question même il proclama combien est vraie cette parole du Seigneur louant son Père « d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout petits. »
Homélie de saint Bède le Vénérable, prêtre, IXème leçon des vigiles nocturnes de ce dimanche, au troisième nocturne.

A la messe :

  • Procession d’entrée : Prélude op. 29 de Gabriel Pierné (1863 † 1937), organiste de la basilique Sainte-Clotilde de Paris de 1890 à 1898
  • Introït – Deus in adjutorium meum intende (ton viii.) – Psaume LIX, 2-4
  • Kyriale : Missa XI Orbis factor
  • Epître : II Corinthiens III, 4-9 : Si le ministère de la lettre gravée sur des pierres, qui était un ministère de mort, a été accompagné d’une telle gloire, que les enfants d’Israël ne pouvaient regarder le visage de Moïse, à cause de la gloire dont il éclatait, laquelle devait néanmoins finir ; combien le ministère de l’Esprit doit-il être plus glorieux !
  • Graduel – Benedicam Dominum in omni tempore (ton vii.) – Psaume XXXIII, 2-3
  • Alleluia – Domine Deus salutis meæ (ton iii.) – Psaume LXXXVII, 2
  • Evangile : Luc X, 23-37 : Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu à l’endroit où était cet homme, et l’ayant vu, en fut touché de compassion.
  • Après le sermon : Ricercare extrait des 24 pièces pour harmonium ou orgue (1934-1936) de Jean Langlais (1907 † 1991), organiste de Sainte-Clotilde
  • Credo I
  • Offertoire – Precatus est Moyses (ton viii.) – Exode 32, 11-14
  • Après la Consécration : O Salutaris Hostia sur le ton du récitatif liturgique de la préface – Henri de Villiers
  • Pendant la communion :
  • Communion – De fructu operum tuorum (ton vi.) – Psaume CIII, 13-15
  • Prière pour la France, sur le VIème ton royal – harmonisation traditionnelle de Notre-Dame de Paris
  • Ite missa est XI
  • Après le dernier Evangile : Sub tuum præsidium
  • Procession de sortie : Reine de France, priez pour nous – cantique d’Aloys Kunc (1832 † 1895), maître de chapelle de la cathédrale de Toulouse & de Notre-Dame-des-Victoires
  • Réponses polyphoniques aux récitatifs liturgiques de la sainte messe

IIndes vêpres du XIIème dimanche après la Pentecôte. Au salut du Très-Saint Sacrement :

  • Motet d’exposition : Adoro te supplex, Vème ton
  • A la Bienheureuse Vierge Marie : Sicut Myrrha, du IVème ton (antienne de l’Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le premier nocturne l’Assomption & antique psalmodie ornée du psaume XLIV)
  • Prière pour Notre Saint Père le Pape : Tu es Petrus du VIIème ton
  • A la bénédiction du Très-Saint Sacrement : Tantum ergo du IIIème ton
  • Chant d’action de grâces : In voce exultationis, VIème ton (antienne de Antiphonaire de Notre-Dame de Paris du XIIIème s. pour le second nocturne de la Fête-Dieu & psaume CXVI)

Organiste invité : Philippe Ourselin

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Bref tableau historique du rit d’Aquilée (rit patriarchin)

L’archevêque de Venise porte toujours de nos jours le titre de patriarche. Si ce titre est relativement commun en Orient pour désigner les chefs des principales Eglises, il surprend en Occident, qui n’en a compté que deux, celui de Rome et celui d’Aquilée, dont Venise est aujourd’hui l’héritière comme nous le verrons ; un troisième, celui de patriarche de Lisbonne fut par ailleurs créé au XVIIIème siècle.

Aquilée, la seconde Rome

Mosaïque du IVème siècle de la basilique d Aquilée (détail : le Bon Pasteur).

Mosaïque du IVème siècle de la basilique d’Aquilée (détail : le Bon Pasteur).

Petit village en ruines sur le golfe de Trieste, rien ne laisse aujourd’hui présager de la gloire passée de la cité d’Aquilée. Fondée par trois romains en -181 avant J.-C., cette cité devint un immense port, plaque tournante du commerce entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, ainsi qu’une forteresse frontalière qui permit à Rome de conquérir l’Illyrie & les régions du Danube. Roma secunda, maxima Italiæ urbs, Italiæ emporium, Aquilée servit de résidence impériale depuis Auguste († 14) jusqu’à Théodose († 395).

Selon la tradition, l’Evangile fut apporté à Aquilée par l’évangéliste saint Marc, après son séjour romain auprès de saint Pierre et avant d’aller à Alexandrie pour y recevoir la palme du martyre. A son départ pour l’Egypte, saint Marc confie l’Eglise naissante d’Aquilée à l’évêque saint Hermagoras, qui, en compagnie du diacre saint Fortunat, évangélise la région et y meurt martyr sous Néron.

Après l’Edit de Milan libéralisant le Christianisme dans l’Empire en 313, Théodore, évêque d’Aquilée (qui assiste au concile d’Arles de 314) fait édifier une grande basilique. Dans cette église plusieurs fois reconstruite & remaniée au cours des âges furent redécouvertes en 1909 les exceptionnelles mosaïques de l’église primitive du IVème siècle.

A un concile qui se tint à Rome en 347, l’évêque d’Aquilée occupait la seconde place, immédiatement après le pape. Le clergé d’Aquilée de cette époque paraît s’être distingué par la fermeté de son orthodoxie et la splendeur donnée à la célébration du culte. En 381, sous saint Valérien, qui devint le premier archevêque métropolitain d’Aquilée, un important concile se tint dans cette cité pour combattre l’hérésie arienne. Saint Ambroise († 397) le présidait, entouré de trente-deux évêques, parmi lesquels l’évêque aquiléen de Torcello (Altinum), saint Héliodore, ami de saint Jérôme et du fameux historien ecclésiastique Rufin d’Aquilée.

Succédant à saint Valérien sur le trône d’Aquilée, saint Chromatius († 407) avait baptisé Rufin d’Aquilée et était aussi ami de saint Jérôme. Ce fut un célèbre exégète et nous possédons encore dix-sept de ses traités sur l’Evangile selon Matthieu et une homélie sur les Béatitudes. La pureté du chant liturgique dans la cathédrale d’Aquilée à cette époque fut vantée par saint Jérôme († 420), qui le comparait au chœur des anges. La métropole d’Aquilée étendait alors sa juridiction sur l’Illyrie occidentale (Slovénie, Croatie & Bosnie actuelles), la Norique & la Rhétie (Allemagne méridionale et Autriche). A l’Ouest, la juridiction aquiléenne allait jusqu’aux grands diocèses de Côme, Mantoue et Monza.

Basilique patriarcale d'Aquilée

Basilique patriarcale d’Aquilée

Longtemps Aquilée fut le scutum saldissimum et antemurale Christianitatis face aux invasions barbares, mais en 410, la cité fut mise à sac par les Goths et surtout en 452, Attila et ses Huns la dévastèrent si complètement dit-on, qu’on ne retrouvait qu’avec peine son emplacement. Le métropolitain Secundinus et la plupart des habitants s’étaient enfuis dans l’île voisine de Grado, mais son successeur, Nicetas, revint à Aquilée où il entreprit la reconstruction des églises en ruine.

En 544, l’empereur d’Orient Justinien, dans une maladroite tentative de se concilier les populations monophysites de Syrie et d’Egypte, promulgua un édit condamnant les écrits de Théodore de Mopsueste, de Théodoret de Cyr et une lettre d’Ibas à Mari. Cet édit est à l’origine d’une crise ecclésiastique majeure dite des « Trois Chapitres ». La faille de la manœuvre de Justinien résidait dans le fait que Théodore de Mopsueste, maître de Nestorius, était mort en communion avec l’Église, alors que l’enseignement des deux autres, quoique critiqué par le concile de Chalcédoine, avait été accepté par ce concile. Condamner ces écrits constituait par conséquent une attaque indirecte contre le concile lui-même, ce que perçurent avec acuité les évêques occidentaux ; d’autre part, la condamnation des Trois Chapitres fut accueillie froidement par les monophysites de Syrie & d’Egypte, qui attendaient une annulation pure et simple du concile œcuménique de Chalcédoine.

Aquilée devint l’un des fer de lance de la résistance occidentale à la condamnation des Trois Chapitres. Un concile se tint à Aquilée en 553 sous l’archevêque Macédonius qui, avec Milan, fit un schisme étrange avec le reste de la Chrétienté, schisme qui ne se résorba pour Aquilée qu’en l’an 700. A vrai dire, cette dispute sur les Trois Chapitres portait sur l’opportunité et les implications de l’édit de Justinien et ne mettait pas en cause une définition de la foi. En 557, à la mort de l’archevêque Macedonius, le synode provincial convoqué à Aquilée pour l’élection du nouveau métropolitain décida de ne pas reconnaître les conclusions du deuxième concile œcuménique de Constantinople (qui condamnait les Trois Chapitres) et choisit de rendre l’Église d’Aquilée autocéphale. Le nouvel archevêque, Paulin, décide alors en 560 de prendre le titre de patriarche, afin de bien marquer l’indépendance hiérarchique de son Eglise d’avec Rome et Constantinople.

Chœur de la basilique patriarcale Sainte-Euphémie de Grado

Chœur de la basilique patriarcale Sainte-Euphémie de Grado

Le tout jeune patriarcat d’Aquilée dut affronter très vite, en 568, une terrible épreuve avec l’invasion cette fois des Lombards ariens. Le patriarche Paulin s’enfuit à nouveau sur l’île de Grado – restée sous domination byzantine – avec les reliques de son Eglise. Estimant que le rétablissement du patriarcat à Aquilée était impossible, son successeur, le patriarche Elie (571 † 586) obtint du pape Pélage II (579 † 590) un décret transférant le siège et le titre de patriarche à l’église de Grado, Nova Aquilea, preuve s’il en était que le schisme de 553 avec Rome et Constantinople était quelque peu purement formel.

A la mort du patriarche Sévère en 610, les Lombards, estimant que la grandeur & les intérêts de leur royaume exigeaient un siège patriarcal à Aquilée, nommèrent Jean comme successeur, tandis que le synode réuni à Grado élisait Candinien, avec l’assentiment du pape Boniface IV (608 † 615). Nous voilà donc avec deux patriarcats concurrents, l’un siégeant de nouveau à Aquilée, persistant dans le schisme des Trois Chapitres et gouvernant les suffragants en territoires lombards, l’autre à Grado, dépendant politiquement de Byzance via l’Exarchat de Ravenne, en communion avec le pape et continuant à gouverner d’immenses territoires ecclésiastiques jusqu’au Danube au Nord, au lac Balaton & à la Dalmatie à l’Est. Néanmoins, donnant satisfaction au roi Lombard Luitprand, Rome reconnut formellement en 769 les deux patriarcats et donna le pallium à celui d’Aquilée, à condition que les droits de l’Eglise de Grado fussent respectés. L’histoire des deux patriarcats frères jumeaux continua ensuite plus ou moins paisiblement.

Evoquons quelques figures ecclésiastiques du patriarcat aquiléen :

  • Paul Diacre

    Paul Diacre

    Saint Paulin II d’Aquilée fut élu patriarche d’Aquilée en 776 et mourut en 802. Pontife plein de zèle et de sainteté, il s’illustra en particulier par la lutte contre l’hérésie adoptianiste qui tendait à voir en Jésus-Christ le fils adoptif de Dieu et pour cela convoqua un concile à Aquilée en 796. Son activité de patriarche est fondamentale dans la région du Frioul durant les années difficiles du passage de la domination lombarde à la domination franque, il lança également l’évangélisation des populations slaves qui arrivaient dans la région. Ecrivain de grand talent, ami de Charlemagne & d’Alcuin, il composa plusieurs hymnes pour la liturgie, dont l’une, Quodcumque vinclis, est passée dans la liturgie romaine pour la fête de saint Pierre aux Liens, et surtout sa fameuse strophe O Roma felix fut intégrée dans l’hymne plus ancienne Aurea luce d’Elpis pour la fête de saint Pierre & saint Paul. On lui attribue aussi le versus Ubi caritas & amor chanté au Mandatum du Jeudi Saint. Au témoignage de Walafrid Strabon, saint Paulin d’Aquilée récitait ses hymnes « aux messes privées, à l’offrande du Sacrifice ». On attribue aussi à saint Paulin une rédaction particulière plus développée de l’Hanc igitur du canon de la messe, qui resta longtemps en usage à Aquilée, mais aussi bien plus loin au dehors du patriarcat, puisqu’on la retrouve dans les manuscrits de Rouen ou de Saint-Denys en France :

    Hanc igitur oblationem servitutis nostræ, sed et cunctæ familiæ tuæ, quæsumus Domine, placatus accipias, quam tibi devoto offerimus corde pro pace et caritate et unitate sanctæ Dei Ecclesiæ, pro fide catholica, ut eam inviolatam in meo pectore et in omnium fidelium tuorum jubeas conservari ; pro sacerdotibus NN. et omnium fidelium tuorum et omni gradu ecclesiæ, pro regibus et ducibus et omnibus, qui in sublimitate sunt constituti, pro familiaribus et consanguineis et omnibus nobis commendatis, pro omnibus viventibus ac defunctis famulis et famulabus tuis, qui mihi propter nomen tuum bona fecerunt et mihi in tuo nomine confessi fuerunt ; propitius sis illis Deus ; pro pauperibus, orphanis, viduis, captivis, in errantibus, languidis, defunctis NN., qui de hac luce in recta fide et in tuo nomine confitentes migraverunt… »

  • Paul Diacre, né entre 720 et 730 à Cividale, capitale administrative du comté de Frioul dont Aquilée était la métropole spirituelle, fut aussi – comme saint Paulin d’Aquilée – l’un des acteurs majeurs de la Renaissance carolingienne. On lui doit la composition des hymnes de la fête de saint Jean Baptiste que nous chantons toujours, Ut queant laxis & O nimis felix, et peut-être aussi de l’Ave maris stella des fêtes de la Sainte Vierge. Il est surtout le compilateur – à la demande de Charlemagne – d’un Homiliaire des Pères de l’Eglise pour être lu à l’office nocturne, et dont la base est encore celle suivie par notre bréviaire romain traditionnel actuel. Il meurt vers 797-799.
  • Le bienheureux Bertrand d’Aquilée, élu patriarche en 1344, fut un prélat remarquable autant par sa sainteté que par son zèle pour le culte liturgique. Il convoqua quatre synodes diocésains & deux conciles provinciaux qui traitèrent de questions liturgiques. Lors d’une grande famine en 1348, il vendit ses biens pour nourrir les affamés et, de par l’inimitié des petits féodaux du Frioul, mourut assassiné à l’âge de 90 ans le 6 juin 1350 alors qu’il rentrait d’un concile à Padoue.

Des patriarches d’Aquilée et de Grado au patriarcat de Venise

Basilique Saint-Marc de Venise, siège de l'actuel patriarcat.

Basilique Saint-Marc de Venise, siège de l’actuel patriarcat.

Ruinée par un tremblement de terre en 1348, Aquilée ne se rétablit jamais et le patriarche & son chapitre décidèrent de résider à Udine. Celle qui fut la « seconde Rome », la « plus grande des villes d’Italie » n’était plus qu’un pauvre village infesté par le brigandage & la malaria. En 1751, le pape Benoît XIV (1740 † 1758), à la demande répétée des Autrichiens, supprima le patriarcat d’Aquilée.

Du côté de Grado, la situation n’était guère meilleure : suite à l’engloutissement d’une partie de l’île en 1156, les patriarches de Grado – tout en conservant leur titre – quittèrent cette île pour s’établir à Venise, dont la puissance ne faisait que croître, surtout depuis que les marchands vénitiens avaient récupéré en Egypte les reliques de saint Marc, le premier évangélisateur d’Aquilée, en 1094.

Du reste, au Moyen-Age, la situation ecclésiastique de Venise était tout à fait exceptionnelle, car la ville était découpée en quartiers gouvernés par quatre prélats différents qui tous étaient évêques :

  • le patriarche de Grado, qui siégeait dans l’église San Silvestro,
  • l’évêque de Castello, qui avait pour cathédrale la basilique San Pietro di Castello,
  • le Primicerio de la Basilique Saint-Marc, qui était la chapelle palatine du Doge de Venise et de ce fait l’église d’état de la République de Venise,
  • le patriarche latin de Constantinople, titre créé après la IVème croisade et la conquête de Constantinople de 1204, qui s’était replié dans la Sérénissime après la reconquête byzantine de 1246, et qui dès lors était réservé à des Vénitiens.

En 1451, on décida de fusionner le patriarcat de Grado avec l’évêché de Castello et de créer ainsi le tout nouveau patriarcat de Venise, avec résidence dans la cathédrale San Pietro di Castello. En 1807, avec la chute de la République de Venise face aux armées napoléoniennes, le Primicerio de la Basilique Saint-Marc fut supprimé, et celle-ci devint le siège du patriarcat de Venise. Toutefois San Pietro di Castello continua d’être qualifiée de co-cathédrale. Enfin le patriarcat latin de Constantinople fut supprimé en 1964.

Depuis la suppression du patriarcat d’Aquilée en 1751, Venise est donc devenue la seule héritière du prestigieux titre antique.

Le rit d’Aquilée – ou rit patriarchin

En toutes choses, nous maintenons toujours l’agencement et l’ordonnance en usage dans l’Eglise d’Alexandrie. »

Ce très intéressant passage d’une lettre du concile d’Aquilée de 381 montre que, plus de trois cents ans après, des liens très forts continuaient d’exister entre les deux grandes métropoles de l’Empire qui avaient été évangélisées par saint Marc. Une thèse très intéressante du Dr. Rudolph Buchwald (Weidenauer Studien, n. 1, Weidenau et Vienne, 1906) estime que ce que nous appelons le canon romain et dont les plus anciens témoins sont en Italie du Nord (le De Sacramentis de saint Ambroise comme certaines mosaïques de Ravenne qui le citent) serait de fait une anaphore alexandrine en usage à Aquilée, qui se serait rapidement répandue dans toute l’Italie au IVème siècle. A l’appui de cette thèse, on peut constater que le canon romain ne contient pas d’épiclèse descendante (cette prière par laquelle le célébrant appelle la venue du Saint Esprit sur les saints dons, ce qui est commun aux anaphores d’Antioche, de Jérusalem ou de Constantinople), mais un équivalent inverse sous forme d' »épiclèse ascendante » (on demande à Dieu d’élever au ciel le sacrifice eucharistique – c’est la prière Supplices te rogamus, omnipotens Deus – structure qui se rencontre dans les anciennes anaphores égyptiennes).

Le Codex Rehdigeranus, évangéliaire aquiléen du VIIème-VIIIème siècle.

Le Codex Rehdigeranus, évangéliaire aquiléen du VIIème-VIIIème siècle.

De ce rit primitif d’Aquilée, nous ne savons hélas pas grand chose. Un seul manuscrit antique nous est parvenu, le Codex Rehdigeranus, qui est un évangéliaire du VIIème ou VIIIème, dont le texte latin est antérieur à la Vulgate de saint Jérôme. Voilà ce que nous pouvons déduire de cet évangéliaire :

    • l’Avent d’Aquilée comporte 5 dimanches, le dernier – avec l’évangile Missus est – est une fête de l’Annonciation, comme dans le rit ambrosien,
    • saint Etienne est fêté le 27 décembre, comme à Jérusalem, Antioche et Constantinople – et non le 26 comme à Rome,
    • la fête des saints Innocents est appelée Infantorum, comme dans les rits gallicans, mozarabes et chartreux,
    • le 29 décembre voit la fête de saint Jacques le Mineur, comme parfois en Orient et primitivement à Milan,
    • l’avant-Carême ne comporte que deux dimanches de Quinquagésime et de Sexagésime, comme à Milan et Naples, mais pas de Septuagésime, contrairement à Rome,
    • pendant le Carême, il n’y a que trois scrutins pour les catéchumènes, comme à Milan (et aussi Rome à une période très ancienne) ; le plus important de ces scrutins a lieu le dimanche des Rameaux : il s’agit de la Traditio Symboli ; la cérémonie, très différente du rit romain qui la place la veille au samedi, était semblable à celle en usage en Espagne, en Gaule et à Milan ; elle était si populaire qu’elle fut longtemps conservée même après l’adoption des usages romains,
    • à l’offertoire, on renvoyait les catéchumènes et les pénitents, mais aussi les hérétiques, avec une formule particulièrement développée :

      Si qui est arianus est, secedat.
      Si quis sabellianus est, secedat.
      Si quis nestorianus est, secedat.
      Si quis theodocianus, secedat.
      Si quis macedonianus, secedat.
      Si quis pelegianus, secedat.
      Si quis priscillianus, secedat.
      Si quis eutycianus, secedat.
      Si quis fotinianus, secedat.
      Si quis hæreticus est, secedat.

Sacramentaire patriarchin du XIème siècle

Sacramentaire patriarchin du XIème siècle

Le rit antique d’Aquilée suivit le même sort que le rit des Gaules – celui que faillit subir aussi les rits ambrosiens et mozarabes : il disparut, Charlemagne ayant décrété l’adoption de l’usage romain dans toute l’étendue de son empire. Toutefois, le rit romain qui fut accommodé à l’usage d’Aquilée à compter du IXème siècle conserva maints usages plus anciens de l’antique liturgie et continua à être appelé rit d’Aquilée ou liturgie patriarchine (Ritus patriarchinus). Ce rit, comme tous les rits romano-francs, est substantiellement l’ordo romain avec des particularités locales. Détail intéressant, la plus ancienne mention de la célébration d’une fête de l’Immaculée Conception en Occident se trouve dans un missel manuscrit d’Aquilée du XIIIème siècle.

Voici quelques particularismes – parmi bien d’autres – de cette liturgie médiévale romano-aquiléenne :

  • dans l’ordo missæ, on notera le Et Sancte Spiritus ajouté à la fin du Gloria in excelsis, comme le texte grec du rit byzantin (mais pas à la même place),
  • les noms d’Hermagoras et de Fortunat, les deux saints fondateurs de l’Eglise après saint Marc, apparaissent au Communicantes et à chaque Memento du canon,
  • la formule du baiser de paix est proche de celles employées en France : Pax tibi, et ecclesiæ : Vade in pace. Habete vinculum pacis et charitatis ut apti sitis sacrosanctis mysteriis Christi,
  • le Domine non sum dignus avant la communion est tout à fait particulier, et inspiré de Jérémie XVII, 14 : Domine, non sum dignus : salvum me fac et salvus ero, quoniam laus mea tu es,
  • aux Rameaux, la croix est véritablement au centre de la cérémonie : elle est posée sur un tapis au pied de l’autel et reçoit l’adoration du peuple ; puis le célébrant l’élève en chantant O Crux, ave, spes unica. Tous se prosternent à nouveau, l’un des ministres frappe les épaules du célébrant avec une palme en entonnant l’antienne Percutiam pastorem ; le célébrant ayant reçu la croix la porte triomphalement en procession,Le diacre patriarchin arme du heaume et de l epee le jour de l Epiphanie
  • après la messe du Jeudi Saint, deux hosties sont portées au reposoir ; l’une sera consommée par le célébrant à la messe des Présanctifiés du Vendredi Saint, l’autre, enveloppée dans un linceul, sera portée avec la croix et mise au tombeau après cette messe, après les vêpres de l’ensevelissement ; au petit matin de Pâques la procession après les laudes ramène triomphalement l’hostie au maître-autel, en l’ôtant de son suaire,
  • la fête de la Trinité est célébrée le dernier dimanche après la Pentecôte,
  • notons la curieuse tradition d’allumer une grosse boule de coton enflammée (bambagia, pharus) au sommet de la croix de procession pour certaines fêtes, à l’instar de ce qui se pratique dans le rit ambrosien,
  • et enfin une curieuse tradition le jour de l’Epiphanie veut que le diacre chante l’évangile coiffé d’un casque et brandissant une épée ! Cette tradition s’est maintenue jusqu’à nos jours.

 

Le rit patriarchin – en dépit d’une romanisation continuelle – fut maintenu au moins en théorie jusqu’à la fin du XVIème siècle. La basilique Saint-Marc adopta les livres romains en 1456 mais conserva néanmoins certaines cérémonies et usages particuliers.

Cependant c’est un argument économique qui décida de la fin du rit : les coût à engager pour une impression de livres liturgiques propres étaient trop importants pour Aquilée tandis que les éditions romaines étaient nombreuses et peu coûteuses. Seul le missel put être imprimé en 1519, mais aucun bréviaire, antiphonaire, graduel, rituel ne put être publié et le clergé devait continuer de se servir des manuscrits médiévaux.

Graduel d'Aquilée du XIIIème siècle

Graduel d’Aquilée du XIIIème siècle

En 1578, saint Charles Borromée supprima le rit patriarchin à Monza mais ne parvint pas à imposer l’ambrosien, le clergé et le peuple firent appel à Rome et obtinrent de passer au rit romain. Trieste adopta les livres romains en 1586. En 1589, le chapitre d’Aquilée demanda l’autorisation d’utiliser des bréviaires romains quand il ne chantait pas l’office au chœur. L’abandon définitif du rit propre d’Aquilée fut entérinée en 1596 sous un patriarche portant le nom de Barbaro. Le diocèse de Côme tenta de conserver la liturgie patriarchine plus longtemps, mais dû se résoudre à l’abandonner en 1597-1598, tout en exceptant l’office de la Sainte Vierge qu’on continua à chanter dans la cathédrale selon le rit patriarchin.

Si le rit propre a disparu, il survit au travers du chant liturgique. A Venise ainsi, le chant tout à fait particulier qui est encore employé pour l’épître et l’évangile des jours de fête est très certainement une survivance du vieux rit médiéval d’Aquilée, et c’est loin d’être un fait isolé. Les différentes cathédrales du ressort de l’ancien patriarcat, en particulier sur la côte dalmate, ont toutes conservé de très nombreuses particularités dans les chants, les tons et les récitatifs liturgiques. Ce répertoire du chant patriarchin est en cours de redécouverte et intéresse à la fois les musicologues et les liturgistes.

Signalons l’excellent site web I Libri dei Patriarchi, qui a entrepris de mettre en ligne le très riche patrimoine des manuscrits liturgiques patriarchins.

Pour prolonger cet article, voici une étude de Michel Huglo sur les manuscrits liturgiques notés du diocèse d’Aquilée, publiée en 1984.

Enregistrements : XIème dimanche après la Pentecôte

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A la messe :

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Organistes invités : Samuel Campet (messe) & Philippe Ourselin (vêpres & salut).

El Greco - Le Christ guerissant un aveugle - ca 1570